Sri Lanka: démission du Premier ministre après des violences, cinq morts, près de 200 blessés

Le Premier ministre sri-lankais Mahinda Rajapaksa a démissionné lundi, peu après des affrontements entre ses partisans et des manifestants antigouvernementaux, qui ont fait cinq morts, dont un député, et plus de 180 blessés, la journée la plus meurtrière depuis trois semaines.

Le pays est en proie depuis plusieurs semaines à des manifestations dénonçant l'incapacité du gouvernement à faire face aux pénuries de nourriture, carburant et médicaments marquant la plus grave crise économique qu'il ait connu depuis son indépendance en 1948.

Mahinda Rajapaksa, 76 ans, a adressé sa lettre de démission à son frère cadet et président Gotabaya Rajapaksa. Son départ entraîne automatiquement la dissolution du cabinet.

"Je démissionne avec effet immédiat afin que vous puissiez nommer un gouvernement multipartite pour sortir le pays de la crise économique actuelle", a déclaré le Premier ministre dans sa lettre.

La situation ne semblait pas s'apaiser lundi soir, notamment autour de sa résidence officielle à Colombo, assiégée par des milliers de manifestants antigouvernementaux.

Des coups de feu ont été tirés depuis la résidence après que des manifestants ont enfoncé le portail d'entrée et mis le feu à un camion garé sur place, a constaté un journaliste de l'AFP.

La police a assuré avoir tiré en l'air pour repousser les assaillants du complexe, où Mahinda Rajapaksa était retranché avec des partisans.

Elle a également tiré des grenades lacrymogène vers les manifestants, déterminés à répliquer après avoir été plus tôt dans la journée attaqués par des partisans du pouvoir.

La journée de lundi a été la plus meurtrière depuis la répression d'une manifestation antigouvernementale le 19 avril dans le centre du pays (un mort, 24 blessés).

- Manifestants abattus -

A Nittambuwa, à une cinquantaine de kilomètres au nord de la capitale, un député du parti au pouvoir, Amarakeerthi Athukorala, s'est suicidé après avoir ouvert le feu sur deux manifestants anti-gouvernementaux qui bloquaient sa voiture, a annoncé la police.

Une des deux victimes, âgée de 27 ans a depuis succombé à ses blessures, et le garde du corps du député a été retrouvé mort, ajouté la police, sans autre précision.

Deux autres personnes ont été tuées dans la ville de Weeraketiya (sud), où un membre du parti au pouvoir a lui aussi tiré sur des manifestants, selon la police.

Lundi sur le front de mer de la capitale, Colombo, des milliers de partisans des frères Rajapaksa, armés de bâtons et de matraques, ont attaqué des manifestants sans armes qui campent devant le bureau du président depuis le 9 avril pour exiger son départ, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Nous avons été battus, les médias ont été battus, les femmes et les enfants ont été battus", a déclaré à l'AFP un témoin, sous couvert de l'anonymat.

La police a également tiré des gaz lacrymogène et utilisé des canons à eau pour disperser les manifestants, avant de déclarer un couvre-feu immédiat et d'une durée indéterminée dans l'ensemble de l'île, qui compte 22 millions d'habitants.

- Musée détruit -

Au total, 181 personnes ont été hospitalisées, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'hôpital national de la ville. Huit autres personnes ont été blessées ailleurs, selon les autorités.

Dans le sud, de l'île, Des foules en colère ont également attaqué et complètement détruit le controversé musée Rajapaksa dans le village ancestral de la famille.

"La violence ne résoudra pas les problèmes actuels", a twitté le président Rajapaksa, en condamnant "fermement les actes violents".

"Nous condamnons les violences perpétrées aujourd'hui contre des manifestants pacifiques et demandons au gouvernement de mener une enquête approfondie, y compris l'arrestation et la poursuite en justice de toute personne ayant incité à la violence", a souligné, également sur Twitter, Julie Chung, l'ambassadrice des Etats-Unis en appelant au calme.

Vendredi, le président Rajapaksa avait décrété l'état d'urgence, pour la deuxième fois en cinq semaines, accordant des pouvoirs étendus aux forces de sécurité, les autorisant notamment à arrêter des suspects et à les détenir pendant de longues périodes sans supervision judiciaire. Il autorise également le déploiement de militaires pour maintenir l'ordre, en renfort de la police.

Cette crise économique sans précédent a commencé après la pandémie de Covid-19, qui a privé le pays des devises du secteur touristique. Le gouvernement a alors interdit de nombreuses importations, provoquant les pénuries, une inflation galopante et des coupures de courant de plus en plus longues, qui ont nourri la colère contre le pouvoir.

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