Top 14: Montpellier, au bord du vide et de la crise

Bernard Laporte, le directeur du rugby de l'équipe de Montpellier, lord du match de championnat Top 14 contre le Stade Toulousain au stade GGL à Montpellier le 18 mai 2024. (Sylvain THOMAS)
Bernard Laporte, le directeur du rugby de l'équipe de Montpellier, lord du match de championnat Top 14 contre le Stade Toulousain au stade GGL à Montpellier le 18 mai 2024. (Sylvain THOMAS)

A quinze jours d'un barrage inévitable et à la veille d'une rencontre de la 25e journée de Top 14 sans enjeu à Lyon, Montpellier sombre un peu plus dans la crise avec des tensions croissantes entre les joueurs et le staff, conduit par le duo Laporte-Collazo.

Condamné à la 13e place depuis sa sixième défaite d'affilée, face au Stade toulousain (22-29), en plein week-end de Pentecôte, Montpellier, champion de France il y a tout juste deux ans, est en quête de rédemption pour sauver sa place en Top 14.

Mais les signes de fracture entre l'effectif et le staff technique, reconstruit à la hâte le 19 novembre autour du nouveau directeur du rugby Bernard Laporte et du manager Patrice Collazo sont remontés à la surface depuis quinze jours.

Visiblement lassés par les critiques de Laporte, les joueurs, à une quasi-unanimité, ont demandé une entrevue, selon le quotidien Midi Libre, au président Mohed Altrad, propriétaire désemparé par la crise sportive. Quelques jours plus tôt, ils avaient sollicité un entretien avec le staff technique.

"Oui, les joueurs ont rencontré le président, mais on ne s'est pas fait convoquer pour nous dire +ça, ça ne va pas, ça, on n'en veut plus+. Il y a eu une réunion mercredi dernier (NDLR: 22 mai) mais elle n'a concerné que le jeu. Je n'ai pas eu de réunion avec trente mecs assis devant moi... mais dix mecs concernés par le jeu", a relativisé cette semaine le manager Patrice Collazo.

Du redressement à la rechute: au cours de l'hiver, le MHR avait trouvé le remède à son début de saison catastrophique, marqué par sept défaites consécutives fatales au manager anglais Richard Cockerill, et avait émergé des deux dernières places à la mi-mars, après une série de quatre succès.

Remis sur pied, il a rompu ce fragile équilibre à l'issue des doublons avec le Tournoi des six Nations et à l'aube du sprint final. La désillusion à Toulon (54-7), fin mars, a replongé ce groupe sans leader identifié et son nouveau capitaine, le jeune Lenni Nouchi (20 ans), dans un profond doute.

- "Etat d'esprit club" -

Que s'est-il passé à ce moment charnière de la saison ? Montpellier a préparé l'après avant d'assurer le présent et s'est par exemple délesté du très apprécié ouvreur international italien Paolo Garbisi, parti à Toulon en échange du talonneur Christopher Tolofua.

Aux rumeurs de recrutement s'est greffée l'annonce d'un profond ménage interne, avec la mise à l'écart de joueurs au profil peu physique comme le demi d'ouverture Louis Foursans, annoncé au Stade français, ou le 3e ligne Clément Doumenc, qui devrait rebondir à Béziers (Pro D2).

Face aux derniers échecs, "Bernie le Dingue", l'ancien sélectionneur de l'équipe de France (2000-2007), s'est fendu de quelques coups de gueule auprès d'un effectif en mal de confiance et d'une interview au lance-flammes auprès du Midi-libre.

"Tu peux toujours faire un +one shot+ en 2022 sans même savoir pourquoi tu as été champion et manquer de descendre la saison d’après. Il faut bâtir avec des joueurs qui ont l'état d’esprit club. Il y a trop de joueurs centrés sur eux et pas sur le club. C'est pour ça qu'il faut changer", avait notamment expliqué Laporte, confronté pour la première fois de sa longue carrière à une équipe qui joue le maintien.

Si l'ancien patron du XV de France n'a pas renfilé le survêtement de l'entraîneur, il est omniprésent auprès de l'effectif, tout au long de la semaine ou lors des matchs.

Face au sort incertain de son club, le président montpelliérain Altrad, arrivé aux commandes en 2011, est confronté à une situation inextricable: sauver son club de la relégation et dans le même temps sa relation avec Laporte. Les deux hommes attendent leur procès en appel après avoir été condamnés à de la prison avec sursis et à une amende le 13 décembre 2022 par le tribunal de Paris pour avoir noué un "pacte de corruption".

Mais pour l'instant, ils ont quinze jours pour éviter la chute du MHR.

jmc/ol/smr