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Six nations: l'Irlande en route vers l'histoire?

Le nouveau capitaine irlandais saisit un ballon en touche contre la France le 2 février 2024 à Marseille (NICOLAS TUCAT)
Le nouveau capitaine irlandais saisit un ballon en touche contre la France le 2 février 2024 à Marseille (NICOLAS TUCAT)

Le Tournoi des six nations est-il déjà plié? L'Irlande a frappé tellement fort d'entrée vendredi contre le XV de France, l'autre (ancien) favori, qu'un deuxième Grand Chelem consécutif peut sembler en bonne voie, ce qui serait une première au XXIe siècle.

Les tempes grisonnantes du nouveau capitaine irlandais Peter O'Mahony trahissent davantage son âge que son activité sur le terrain, toujours débordante.

A 34 ans et 102 sélections, l'emblématique troisième ligne avait déjà tout connu sous le maillot vert, mais la démonstration du stade Vélodrome de Marseille (38-17) a immédiatement pris une place de choix dans son album à souvenirs.

"On peut difficilement rêver mieux", a-t-il savouré à l'issue de la rencontre. "J'ai dit dans le vestiaire qu'on n'avait jamais battu la France sur un score aussi large".

C'était en fait déjà arrivé, avec une victoire irlandaise 24-0 sur les Bleus, mais on lui pardonne: même lui n'était pas encore né puisqu'il faut remonter à 1913.

"Je me souviens, quand j'étais jeune, regarder l'Irlande jouer en croisant les doigts pour un exploit", a partagé le joueur du Munster. "C'est une autre histoire aujourd'hui".

Placé au sommet d'un système pyramidal qui privilégie la sélection au rugby de clubs, le XV du Trèfle est devenu ces dernières années une implacable machine à gagner au jeu millimétré.

Il n'a perdu depuis l'été 2022 qu'un seul de ses 19 derniers matches: le quart de finale de Coupe du monde 2023 --son plafond de verre dans la compétition-- contre la Nouvelle-Zélande (28-24), futur finaliste.

- Calendrier favorable -

Contrairement à leurs homologues français, sortis au même stade par l'Afrique du Sud (29-28), les Irlandais, sans doute habitués, par nature, n'en ont pas gardé de "gueule de bois", assure leur sélectionneur Andy Farrell.

"La gueule de bois, c'est pour le lendemain", a déclaré le technicien anglais. "Ca fait trois mois maintenant. On a évidemment beaucoup appris de cette défaite contre les All Blacks, mais ce n'est pas une gueule de bois. C'est juste une étape dans notre progression collective".

En dominant d'entrée à l'extérieur, avec le point de bonus offensif, son principal concurrent, la deuxième nation du classement mondial s'est mise sur la voie royale du titre et d'un deuxième Grand Chelem consécutif.

La dernière équipe à avoir réaliser un tel doublé? La France du capitaine Raphaël Ibanez, en 1998, au siècle dernier donc, et alors que le Tournoi s'appelait encore "des cinq nations".

L'Angleterre (2000-2001 et 2016-2017), la France (2006-2007), le pays de Galles (2012-2013) et l'Irlande (2014-2015) se sont imposés deux années de suite, mais sans remporter tous leurs matches.

Au niveau affiché vendredi à Marseille, les hommes en vert ne semblent pas avoir d'adversaire à leur taille aujourd'hui dans l'hémisphère Nord et leur calendrier pour la suite de la compétition plaide en leur faveur.

Ils recevront trois fois à l'Aviva Stadium de Dublin (Italie, pays de Galles, Ecosse) pour un seul déplacement, lors de l'avant-dernière journée, sur le terrain de l'Angleterre, bousculée par les Italiens samedi (27-24).

"On n'a gagné qu'un match", a tenté de tempérer Farrell dans les sous sols du Vélodrome avant de se départir, pour une fois, de la retenue de circonstance. "On n'a gagné qu'un match, mais ce n'est pas non plus une victoire comme les autres. Elle mérite d'être célébrée".

Quitte à risquer une autre gueule de bois.

sdu/gk