France-Portugal: le bluff de Deschamps, l'imbroglio Giroud, l'interrogation Mbappé... coulisses d'une qualif' sur le fil

On le savait habile mais Didier Deschamps est sans doute très fort au poker. Le sélectionneur a prouvé son art du bluff vendredi, en amont du quart de finale de l'Euro 2024 remporté par l'équipe de France contre le Portugal, aux tirs au but (0-0, 5 tab à 3). "DD" a brouillé les pistes jusqu'au dernier moment. En interne, des membres de la délégation Bleue ont été très surpris de voir que les moindres détails travaillés à l'entraînement fuitaient aussitôt dans les médias. Faut-il chercher les taupes? Certains le pensent.

Didier Deschamps lui est concentré sur l'objectif de la victoire finale néanmoins il tente tout de même de dribbler les journalistes. 4-3-3? 4-4-2 losange comme travaillé avant le huitième de finale? Avant le match contre la Belgique, la tendance s'orientait vers un 4-4-2... mais les Bleus avaient finalement joué en 4-3-3. Face au Portugal, c'est l'inverse qui s'est produit. Prenant de surprise la presse... mais aussi ses propres joueurs.

"Nous aussi, il nous réserve beaucoup de surprises. On s’est dit qu’on allait jouer en 4-3-3 comme lors des huitièmes de finale et on s’est mis en losange", souriait Ousmane Dembélé en conférence de presse après le match. "C’est comme ça. Après, on s’adapte. On reste solidaire et on se parle sur le terrain. La tactique a payé aujourd’hui." Didier Deschamps et le staff ne veulent pas être trop lisibles pour leurs adversaires. Son coup tactique avait fonctionné contre les Belges. La composition d'équipe face à l'Espagne, en demi-finale, sera forcément épiée.

Mbappé, le coup de fatigue avant le réveil au meilleur moment?

Kylian Mbappé, titulaire et capitaine au coup d'envoi, a vécu un match difficile. Il a surtout fait très peur au staff des Bleus aux environs de la 55e minute, lorsqu'il est resté au sol après avoir pris un ballon dans le visage. "Pleine poire", comme il le dira lui-même après la rencontre, reconnaissant avoir vu flou quelques minutes, avant de retrouver ses esprits.

Un ballon qui n'a pas touché directement son nez, cassé face à l'Autriche, ce qui a permis au joueur de rassurer tout le monde. Mais le nouvel attaquant du Real Madrid était "fatigué", un terme employé par Didier Deschamps en conférence de presse. Sa sortie avant le dernier quart d'heure de la prolongation a surpris, d'autant qu'il était censé être le tireur numéro 1 pour les tirs au but. Peu après son remplacement, son père, dans les tribunes non loin du banc, lui a demandé des nouvelles.

"On a échangé avec le coach à la fin du temps réglementaire déjà", a raconté Kylian Mbappé. "On a dit qu'on allait essayer. A la mi-temps de la prolongation, je lui ai dit que je ne le sentais plus, j'étais trop fatigué. Il m'a dit ok, il a changé. J'espère que je vais aider l'équipe en demi-finale mais je suis avant tout très content pour l'équipe. A moi de me mettre au niveau contre l'Espagne."

L'imbroglio Giroud

Une scène étonnante s'est produite juste avant la séance de tirs au but: en toute fin de prolongation, Didier Deschamps avait décidé de faire entrer Olivier Giroud, tireur évident pour la séance. L'attaquant s'échauffait depuis de longues minutes sur le bord du terrain. Guy Stéphan était alors allé voir le joueur pour le faire rentrer à la dernière minute. Un timing que le staff explique par la nécessité de sortir un milieu ou un défenseur puisque les trois attaquants étaient entrés au cours du match (Barcola, Thuram, Dembelé). Dubitatif, l'ancien buteur de l'AC Milan s'interrogeait sur le fait de toucher son premier ballon... sur un tir au but et a fait part de ses interrogations à l'adjoint de Didier Deschamps.

Olivier Giroud se prépare alors à rentrer. Il échange quelques mots avec son entraîneur. Une discussion qui se termine sur les bras levés de Didier Deschamps: est-ce cet échange qui a agacé le sélectionneur ou y avait-il une autre explication à cette frustration? Difficile à dire. De toutes façons, Olivier Giroud... ne rentrera finalement pas, car l'arbitre a sifflé très vite la fin de la prolongation pour entamer la séance de tirs au but. Le manque de réactivité de l'arbitre additionné aux quelques instants de discussions entre le joueur et les membres du staff auront sans doute eu pour incidence de retarder une entrée qui n'est finalement pas arrivée. Heureusement sans incidence, les cinq tireurs français ayant parfaitement réussi leur coup face à Diogo Costa, pour offrir une demi-finale à l'équipe de France.

Le vrai déclic pour aller au bout?

Dans le vestiaire, la joie française était intense. Avec le sentiment d'un déclic: car pour la première fois depuis le début de la compétition, les Bleus sentent vraiment qu'ils peuvent aller au bout. Peu importe les critiques sur le jeu développé, cette équipe de France dégage une force, une impression d'être insubmersible. Même si les Bleus savent qu'avec l'Espagne se présente face à eux l'adversaire qui a fait la meilleure impression depuis le début de l'Euro.

Chacun a pu retrouver ses proches, à l'instar d'un Antoine Griezmann aperçu dans les tribunes en train de manger des pizzas avec ses filles et sa compagne. Pendant ce temps, la famille de Cristiano Ronaldo attendait le quintuple Ballon d'or, presque inconsolable. Lilian Thuram, Marcel Desailly et le président du PSG Nasser Al-Khelaïfi étaient eux aussi dans les couloirs pour féliciter les vainqueurs.

Didier Deschamps a eu des mots pour féliciter ses joueurs, renforcer leur confiance : le sélectionneur leur a dit qu'il allait falloir régler la mire offensivement bien sûr, d'autant que les Français n'ont toujours pas inscrit le moindre but dans le jeu. Mais la qualification pour le dernier carré prouve qu'ils sont sur la bonne voie. Les joueurs sont d'une détermination sans faille pour aller le plus loin possible.

Article original publié sur RMC Sport