Euro 2024: la réponse de Dugarry à ses détracteurs, après ses commentaires durant France-Portugal

Gagner coûte que coûte ou perdre avec la manière. Depuis le début de l'Euro 2024, l'équipe de France enchaîne les grosses performances défensives mais est à la peine en attaque avec aucun but marqué (par un Français) dans le jeu. Présent au stade pour commenter le quart de finale des Bleus face au Portugal pour M6 (0-0, 5 tab à 3), Christophe Dugarry a parfois laissé parler ses émotions et s'est emballé sur certaines actions portugaises. De quoi lui valoir quelques critiques mais sans le faire vaciller.

"Je pense que deux visions du football s’opposent. Ceux pour qui le résultat est plus important que tout le reste. Et d’autres qui défendent une vision du foot qui est celle du plaisir et du 'beau jeu' qu’ils préfèrent et qu’ils aiment", a estimé le champion du monde 1998 ce lundi lors de son passage dans l'émission Rothen s'enflamme sur RMC. "Je pense qu’il ne faut pas opposer les uns aux autres. Moi j’ai subi dernièrement des critiques parce qu’on m’a reproché d’être trop supporteur du Portugal lors du match contre la France. Ok, pourquoi pas, les gens ont peut-être ressenti ça. Et j’ai envie de leur dire que mon métier ce n’est pas d’être supporteur, c’est de faire passer des émotions."

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"Je défends ce qui me donne de l’émotion et ce qui me fait kiffer"

Ancien attaquant, Christophe Dugarry le concède volontiers: il est amoureux du beau jeu et pas de cette culture de la gagne à tout prix.

"Parce que tout ça c’est une question de plaisir et d’émotions. Mais le plaisir et les émotions sont différentes pour tout le monde. Moi, l’émotion et le plaisir que j’ai dans le football c’est de voir du jeu, c’est de voir des initiatives, c’est de voir du rythme, c’est de voir de l’intensité. C’est ma vision du foot avec en plus la technique qui vient se mettre là-dedans", a encore estimé l'ancien buteur des Bleus. "On parle souvent d’émotion dans le football, je défends ce qui me donne de l’émotion et ce qui me fait kiffer."

"Moi je suis un kiffeur, j’ai toujours été un kiffeur. Ma vie ça a été ça. Toute ma vie et même ma carrière, par moments ça a été au détriment de l’efficacité, j’ai aimé kiffer et j’ai aimé le beau geste ainsi que le style. Moi quand je vais voir un match de football, je ne vais pas voir un match de football pour me dire que mon équipe gagne 1-0."

Dugarry respecte ceux qui n'aiment que la victoire

Dans les années 80 et 90, le dicton voulait qu'à la fin ce soit l'Allemagne qui gagne. Depuis l'arrivée de Didier Deschamps à la tête de l'équipe de France, le sélectionneur tricolore semble avoir fait sienne cette maxime. Mais si certains fans ou commentateurs le reprochent au technicien, Christophe Dugarry veut aussi que l'on respecte ceux qui mettent la victoire au-dessus de tout.

"Je vais voir un match ou je regarde un match en me disant que j’ai envie de me régaler, j’ai envie de prendre du plaisir, j’ai envie de voir un beau match. Il s’avère que si l’équipe pour laquelle j’ai plus d’affinités est excellente et en plus elle gagne le match alors j’ai les poils qui se hérissent", a enchaîné le consultant lors de son intervention dans le show Rothen s'enflamme sur RMC. "Par contre, aller voir un match qui est pourave, où je m’ennuie et à la fin mon équipe gagne 1-0 sur un but tout pourri ou un CSC, je n’arrive pas à kiffer. Ça ne me plait pas, ce n’est pas ma sensibilité."

Et de préciser: "Je ne dis pas que ceux qui ont cette sensibilité, c’est un défaut. Il y a des gens pour qui le foot c’est par dessus tout, et encore plus la génération d’aujourd’hui qui est une génération où on parie sur tout, il n’y a que le résultat qui est important et qui compte. Pourquoi pas, je n’ai pas de jugement à apporter. Il y a des gens qui sont capables de payer 800 euros un billet pour aller en Allemagne, 200 euros une place au stade, se faire chier pendant deux heures parce que le match est pourri et à la fin chanter et s’amuser ou gueuler parce que leur équipe a gagné 1-0 et même s’ils se sont ennuyés. Tant mieux, je respecte ça et pour moi il n’y a aucun problème. Moi ce n’est pas mon cas."

"Je n’ai rien contre Deschamps"

Respecter ceux qui prennent du plaisir dans le beau jeu, peu importe l'équipe qui le pratique, et respecter ceux qui ne jurent que par les victoires. Voilà le voeux pieux de Christophe Dugarry. S'il regrette le manque de spectacle dans le football moderne, l'ancien joueur de l'équipe de France ne veut pas cibler ceux qui ne partagent pas sa vision du foot.

"Les gens ont le droit de me juger, ils ont le droit de me trouver bon ou pas bon dans mes commentaires. On a le droit de tout dire, pas de problème. Mais moi, je veux qu’ils comprennent ma façon de commenter, ma façon de juger et ma façon de voir le football. Pour moi, le football c’est un spectacle et ça doit être un spectacle et ça doit rester un spectacle", a poursuivi Duga à la veille de France-Espagne en demi-finale de l'Euro 2024. "Parce que, malheureusement, le football est de moins en moins un spectacle. Il n’y a qu’une chose importante, et qui le devient pour moi malheureusement même si je respecte ceux qui le pensent, il n’y a que le résultat qui compte. Je pense que ça, c’est en train de devenir un cancer pour le football. Le football, c’est le jeu qui nous a fait rêver quand on était jeunes, ce sont des beaux gestes, des gestes techniques, c’est l’équipe du Brésil, c’est la meilleure équipe d’Espagne, ce sont les Italiens à l’époque, c’est le Barça… Voilà ce qui m’a fait rêver, ce ne sont pas les résultats. C’est de voir des matchs de fou avec du rythme, avec de l’intensité, avec de la qualité technique, ça c’est merveilleux! Et ça c’est le football! Moi c’est le foot que je défends."

Et Christophe Dugarry de conclure sa défense du beau foot et de la liberté individuelle des fans: "Chacun a le droit de voir le football à sa façon. Moi j’ai une façon de voir le football et on m’oppose souvent à Deschamps. Je n’ai rien contre Deschamps, je n’ai pas de problème avec Deschamps. Mais Deschamps propose un football, il met en place un football qui le sensibilise, le touche et lui apporte de l’émotion. Parce que Deschamps son émotion à lui, que je respecte et je respecte Deschamps pour ça, c’est de gagner. Ce n’est pas de bien jouer car ça n’a jamais, jamais, jamais été dans son discours ou dans son dialogue. Jamais. Son unique plaisir et son unique kiffe, on parle d’adrénaline et de quelque chose qui se déclenche au fond de soi, c’est gagner! Gagner! Moi ce n’est pas mon cas. Et c’est ça que je veux que les gens comprennent. Je ne suis pas contre Deschamps ou contre l’équipe de France. Mais quand je vois un match et que l’équipe, ça peut ne pas être la France, me procure des émotions je n’y suis pour rien, j’ai les émotions que j’ai et la morale que j’ai. C’est comme ça. Ce qui me fait vibrer et kiffer c’est le beau jeu, il faut le respecter comme je respecte ceux qui pensent que la victoire est plus importante que tout."

Article original publié sur RMC Sport