La dark romance, une littérature qui divise et inquiète

«Il y a de la maltraitance physique, psychologique, des scènes extrêmement violentes qu'on ne trouve pas dans la new romance. Je comprends l'inquiétude», reconnaît la chercheuse Magali Bigey. | cottonbro studio via Pexels
«Il y a de la maltraitance physique, psychologique, des scènes extrêmement violentes qu'on ne trouve pas dans la new romance. Je comprends l'inquiétude», reconnaît la chercheuse Magali Bigey. | cottonbro studio via Pexels

Dans un moment de rage, Asher Scott, puissant parrain de la mafia, saisit la main d'Ella et la brûle sur une plaque de cuisson. Quelques centaines de pages plus loin, naît entre eux une histoire d'amour, aussi compliquée que passionnée. Le roman Captive de Sarah Rivens est représentatif de ce nouveau genre très populaire sur des plateformes comme TikTok ou Wattpad (site d'autopublication d'origine canadienne): la dark romance.

«Il y a de la maltraitance physique, psychologique, des scènes extrêmement violentes qu'on ne trouve pas dans la new romance. Je comprends l'inquiétude», explique Magali Bigey, maîtresse de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université de Franche-Comté et spécialiste des publics de la romance. Le genre littéraire rencontre un vrai succès commercial, en même temps qu'il inquiète, car beaucoup de ses lectrices sont des jeunes femmes ou des adolescentes, ce que confirme la chercheuse. «C'est une hypothèse de mes recherches qui commence à se vérifier, même s'il y a aussi une part du lectorat plus âgé, quarantenaire, voire plus.» Beaucoup, sur les réseaux sociaux comme dans les médias, craignent une normalisation de la violence conjugale chez les jeunes lectrices.

Les (jeunes) lectrices ne sont pas dupes

«Les lectrices abordent la dark romance avec de la distance, insiste cependant Magali Bigey. Elles font complètement la différence entre ça et la réalité, tout comme elles font la différence entre la romance classique et la réalité.» Pour la spécialiste, il ne faut surtout pas sous-estimer l'esprit critique des adolescentes. «Pour les jeunes qui lisent ça aujourd'hui, #MeToo, c'est un truc de boomers. Ce n'est pas qu'elles s'en fichent, mais cela s'est passé quand elles avaient 8 ou 9 ans. Et elles sont pleinement conscientes de ce qu'est le consentement. Il y a même une jeune qui m'a dit de manière très claire: “Moi,…

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