Le sport amateur français à l’arrêt et en souffrance

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Avec la mise en place du deuxième confinement, le sport amateur français est de nouveau à l’arrêt après une reprise timide en septembre. Une situation préoccupante selon certains acteurs.

Des licenciés en baisse, des problèmes de finance et des bénévoles découragés. Avec la crise du coronavirus, le sport amateur traverse une de ses crises les plus dramatiques. Certains y voient même des répercussions catastrophiques. Pourtant, le budget du sport, établi à 802 millions d’euros, s’est vu accorder un petit coup de pouce de 10 millions d’euros supplémentaires gérés par l’Agence nationale du sport. Le monde sportif amateur compte près de 17 millions de licenciés.

La baisse des inscriptions en clubs était évaluée fin septembre entre 20 et 30%, menaçant la survie de certains clubs. Avec le second confinement, ceux qui réfléchissaient avant de prendre ou reprendre une licence ont été stoppés une nouvelle fois.

Les activités sportives prévues dans le cadre scolaire maintenues

Avec un quart d'adhésions en moins à la rentrée, la perte serait « autour du milliard d'euros », selon Denis Masseglia, patron du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Un trou dans la raquette qu'aucune ligne budgétaire n'est censée combler jusqu'à maintenant. « Selon la durée de ce nouveau confinement, cela va être très dur de s'en remettre », prévient Denis Masseglia. « La question de la pérennité de certains clubs, voire de certaines fédérations est clairement posée. C'est une réelle inquiétude », commentait Emmanuelle Bonnet Oulaldj, co-présidente de la FSGT (fédération omnisports).

Seules les activités sportives prévues dans le cadre scolaire sont maintenues pendant le confinement. Mais les clubs sportifs n'ont pas obtenu le droit d'accueillir au moins des mineurs. « C'est dramatique. On risque de perdre tout notre faisceau de clubs. C'est une catastrophe cette décision », s'est alarmé Jean-Luc Rougé, président de la Fédération française de judo qui regroupe près de 527 000 licenciés dans plus de 5 600 clubs. « On a eu des demandes supplémentaires pour les enfants car le cyclisme se pratique en extérieur et cela rassure les parents. Mais je sais que le basket a perdu des licenciés », témoigne pour RFI Fabien Bonfand, président de La Roue Libre Bièvroise en banlieue parisienne.

Après le premier confinement, les fédérations avaient travaillé sur la mise en place de protocoles pour recommencer les activités. Aujourd’hui, certains licenciés pouraient demander à se faire rembourser tout ou partie de leur cotisation. Ce serait le coup de grâce pour des clubs qui n’ont pas fait le plein en septembre. Le Rueil-Malmaison Football Club (région parisenne) a déjà reçu une dizaine de demandes, selon les informations du Parisien. « Si on doit rembourser plus de 1300 licenciés, on met la clé sous la porte », assure le club qui avait décidé de baisser de 30 euros la cotisation (230 euros en moyenne) à la rentrée, après le premier confinement.

Des petits sponsors en difficultés

Souvent, les clubs amateurs vivent des recettes des manifestations mais aussi des sponsors locaux comme les petits commerces, les bars et les restaurants qui sont incapables de savoir aujourd’hui s’ils vont pouvoir faire face à la crise. Perdre les quelques partenaires locaux qui aident les clubs amateurs peut être un vrai drame dans certaines petites communes qui comptent sur les compétitions amateurs pour animer la vie sociale.

« Combien, parmi nos 160 000 clubs, devront mettre la clé sous la porte ? Les dégâts ne seront pas seulement économiques. C'est l'éducation, le vivre ensemble, le lien social qui sont menacés par le recul de la pratique sportive. L'État, avec le concours des collectivités territoriales et des fédérations, doit venir au secours des clubs pour les aider à survivre jusqu'à la vie d'après », écrit dans Le Point Frédéric Thiriez, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation et ancien président de la Ligue de football professionnel.

Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs plaident pour une aide d'urgence de l'État, en plus des 120 millions d'euros débloqués dans le cadre du plan de relance, dont 30 millions pour les clubs et les fédérations.