Soupçons de prise illégale d'intérêt: le parquet réclame un procès contre Éric Dupond-Moretti

Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti à la sortie du palais de l'Elysée le 20 avril 2022 à Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP
Le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti à la sortie du palais de l'Elysée le 20 avril 2022 à Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Le ministère public de la Cour de justice de la République (CJR) a annoncé mardi avoir requis le renvoi devant la Cour de l'ancien avocat et actuel garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, mis en examen pour prise illégale d'intérêts.

Le ministre de la Justice est soupçonné d'avoir profité de sa fonction pour régler des comptes avec des magistrats avec lesquels il avait eu maille à partir quand il était avocat dans deux dossiers.

Plaintes de syndicats de magistrats et d'Anticor

Selon un communiqué du parquet général près la Cour de cassation, le ministère public a jugé qu'il existait des "charges suffisantes" contre le garde des Sceaux pour le renvoyer devant la formation de jugement de la CJR, seule juridiction habilitée à poursuivre et juger des ministres pour des infractions commises dans l'exercice de leurs fonctions.

La décision finale sur un éventuel renvoi du ministre devant la formation de jugement de la CJR appartient désormais à la commission d'instruction de la CJR.

Éric Dupond-Moretti, nommé au gouvernement à l'été 2020, est mis en examen pour des faits de prises illégales d'intérêt depuis juillet 2021 Des plaintes de syndicats de magistrats et de l'association anticorruption Anticor, dénonçant deux situations de conflit d'intérêt depuis son arrivée à la Chancellerie, avaient donné lieu à l'ouverture d'une information judiciaire.

Convoqué à deux reprises en mars et avril

Convoqué en mars et en avril par les magistrats de la CJR sur les deux dossiers, il a refusé de répondre à leurs questions.

Le premier dossier concerne l'enquête administrative qu'il a ordonnée en septembre 2020 contre trois magistrats du Parquet national financier (PNF) qui avaient fait éplucher ses factures téléphoniques détaillées ("fadettes") quand il était encore une star du barreau.

Dans l'autre, il lui est reproché d'avoir diligenté des poursuites administratives contre un ancien juge d'instruction détaché à Monaco, Édouard Levrault, qui avait mis en examen un de ses ex-clients et dont il avait critiqué les méthodes de "cow-boy".

Éric Dupond-Moretti a toujours martelé qu'il n'avait fait que "suivre les recommandations" de son administration. Ses avocats s'étonnent ce mardi d'avoir reçu le "réquisitoire définitif" du procureur général près de la Cour de cassation.

"Le calendrier choisi par le procureur général pour communiquer ce réquisitoire, quelques jours avant la formation d’un nouveau gouvernement, alors qu’il disposait encore d’un délai de deux mois et qu’il est lui-même directement concerné par l’autre dossier (dit du PNF) pour avoir recommandé l’ouverture de l’enquête administrative, ne manque pas de soulever de légitimes interrogations", écrivent notamment les avocats du ministre de la Justice.

Article original publié sur BFMTV.com

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