Soupçonné de favoritisme, le maire de Grenoble Eric Piolle interrogé en garde à vue toute la journée

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Le maire écologiste de Grenoble Eric Piolle participe le 29 mai 2021 à une manifestation contre la construction d'un entrepôt d'Amazon à Monbert, près de Nantes

Le maire de Grenoble Éric Piolle, possible candidat à la présidentielle de 2022, est sorti mardi à Valence d'une journée de garde à vue en rejetant les soupçons de favoritisme pour lesquelles il était entendu.

"Il n'y a rien de nouveau aujourd'hui" a-t-il brièvement déclaré en sortant des locaux de la police judiciaire qui l'entendait dans une enquête préliminaire.

En 2018, la Chambre régionale des comptes avait signalé à la Justice "plusieurs irrégularités importantes" dans la passation de marchés publics pour l'organisation de la "Fête des Tuiles", un rassemblement populaire organisé chaque année par la ville depuis l'élection M. Piolle en 2014.

"Il y a pas besoin de nier quoi que ce soit; il y a un débat posé par la chambre régionale des comptes, un débat technique," a ajouté le maire écologiste sur BFM-TV. La Justice "fait son travail."

Dans son rapport publié en septembre 2018, la chambre régionale des comptes (CRC) indiquait que la municipalité avait, contre l'avis de son service des marchés publics, attribué par deux fois l'organisation d'une partie de cette fête à l'association "Fusées", proche de la majorité municipale.

- "Tentative d'effacement" -

Pour l'édition 2015, un marché public de 123.455 euros a été accordé à cette association.

"Le service des marchés publics (...) a exceptionnellement refusé de donner son visa, la procédure ayant été menée par la direction de la communication sans publicité ni mise en concurrence," notait le rapport.

La CRC ajoutait que, pour organiser cette première édition, "la commune a recruté des personnes membres de l'association Fusées, pourtant titulaire du marché (...), ce qui est contraire aux principes de la commande publique".

"En définitive, la passation de ces marchés pour près de 300.000 euros HT présente plusieurs irrégularités importantes," concluait l'institution qui dépend de la Cour des comptes.

Il s'agit "d'un débat ultra-technique" a précisé mardi soir auprès de l'AFP l'avocat d'Eric Piolle, Me Thomas Fourrey.

La mairie estime en effet qu'il s'agissait là de prestations artistiques qui ne nécessitent pas de mise en concurrence - une position à l'opposé de la lecture faite par les magistrats de la chambre régionale des comptes.

L'audition de mardi "était vraiment le prolongement du rapport de la CRC et de la réponse de la mairie", a ajouté Me Fourrey.

Selon lui, l'enquêtrice cherche à savoir si le maire de Grenoble n'a pas fait pression sur ses services pour accélérer l'organisation de cette fête, quitte à contourner la réglementation, une accusation qu'il rejette vivement, assurant que son client a simplement "signé un parapheur".

- "Aucune mesure coercitive" -

Sa garde à vue, débutée à 08H30 pour les chefs de "favoritisme ou complicité", "a été levée (mardi) à 17H45 sans qu'en l'état de décision n'ait encore été prise sur l'orientation donnée à cette enquête et d'éventuelles poursuites judiciaires," a écrit le parquet de Valence auquel l'affaire a été confiée.

"M. Eric Piolle ne fait l'objet d'aucune mesure coercitive," a ajouté le procureur Alex Perrin dans un communiqué.

L'enquête n'est "plus très loin" de sa clôture, a estimé l'avocat de M. Piolle.

"C'est clairement un arrangement entre amis", estimait mardi matin un ancien élu de la majorité, en évoquant des "relations fortes" entre l'édile et l'association.

L'un des cofondateurs de "Fusées" a signé un appel de soutien à Eric Piolle en 2014 et son association a été payée pour coller des affiches durant cette campagne. L'avocat de M. Piolle a démenti auprès de l'AFP toute proximité entre cette association et son client.

Eric Piolle, figure du parti Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), facilement réélu à Grenoble en 2020, laisse planer l'hypothèse de sa candidature à l'élection présidentielle de 2022.

"Contrairement à d'autres, nos élu.e.s ne fuient ni ne dénigrent la justice", a réagi sur Twitter le chef des Verts Julien Bayou, assurant que la décision de la ville était "parfaitement légale".

"Je dis mon estime et amitié à Eric Piolle. Je suis certain que sa décision concernant la fête des Tuiles était la bonne," a estimé le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon.

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