Le sort des migrants bloqués à la frontière bélarusse, un casse-tête pour la Pologne

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Le destin d'un groupe de 32 migrants en détresse immobilisés dans un campement de fortune à la frontière entre le Bélarus et la Pologne depuis maintenant deux semaines constitue un véritable dilemme pour les autorités à Varsovie qui ne veulent pas montrer leur faiblesse face à leur voisin.

Bruxelles et la Pologne accusent le Bélarus d'encourager les migrants - principalement arrivés du Moyen-Orient - à franchir la frontière, une action lancée en représailles aux sanctions prises par l'UE contre le régime.

De nombreux Polonais ont été touchés par des images de migrants coincés entre des officiers bélarusses armés et des soldats polonais, bloqués près du village de Usnarz Gorny.

Certains d'entre eux demandent qu'ils obtiennent l'autorisation d'entrer sur territoire de l'Union européenne afin d'obtenir le droit d'asile.

D'autres se disent d'accord avec la ligne dure du gouvernement qui s'oppose au "chantage" du Bélarus.

"La Pologne doit protéger ses frontières", a soutenu ces derniers jours le Premier ministre Mateusz Morawiecki, accusant le président bélarusse Alexandre Loukachenko d'exploiter les migrants.

"Je compatis vraiment avec les migrants qui sont dans une situation extrêmement difficile, mais il convient de préciser qu'ils constituent un instrument politique", a poursuivi le chef du gouvernement.

Parallèlement, M. Morawiecki a souligné que le gouvernement polonais, au cours des derniers jours, a aidé des dizaines d'Afghans à quitter Kaboul.

De nombreux incidents impliquant les migrants se produisent également dans les deux autres pays de l'UE limitrophes du Bélarus, la Lettonie et la Lituanie.

Les trois pays empêchent les migrants de franchir illégalement la frontière et d'obtenir un droit d'asile, considérant qu'ils devraient passer par les ambassades au Bélarus ou par les postes de contrôle frontaliers officiels.

- "Donner un abri" -

Les migrants, qui d'après la Pologne se trouvent sur le territoire bélarusse, dans une zone où la frontière n'est pas précisément tracée, survivent grâce à l'aide des activistes et de quelques gardes-frontières polonais.

Plusieurs observateurs insistent pour que le gouvernement les laisse entrer en Pologne.

"La seule chose que nous puissions faire c'est de montrer que nous sommes différents de (...) Minsk et de leur donner un abri et une chance d'obtenir un droit d'asile", a écrit Boguslaw Chrabota dans le quotidien Rzeczpospolita (centre).

Michal Wilgocki, un journaliste du quotidien Gazeta Wyborcza (centre-gauche), a prévenu que les nationalistes-conservateurs au pouvoir pourraient utiliser la rhétorique anti-migratoire pour gagner des voix - comme ils l'avaient fait lors des élections en 2015. Il a incité les forces politiques à "prendre le parti de la vie humaine".

Des personnalités d'extrême droite ont quant à elles soutenu la ligne dure du gouvernement et se sont rendues sur place pour soutenir les gardes-frontières.

Côté gouvernement encore, "il ne fait aucun doute que cette action n'est pas seulement un test, mais est également destinée à provoquer un conflit en Pologne sur des questions aussi fondamentales que la sécurité ou la politique migratoire", a estimé le vice-ministre de la Défense Marcin Ociepa.

"L'opposition polonaise ne doit pas faire partie de ce scénario de services secrets bélarusses et russes", a-t-il ajouté.

Depuis août, 2.100 personnes ont tenté de franchir la frontière entre le Bélarus et la Pologne, et 1.342 d'entre eux en ont été empêchés, a annoncé mercredi le ministère de l'Intérieur polonais.

Vendredi, les autorités polonaises ont déclaré avoir secouru un autre groupe de 12 migrants, 11 Irakiens et un Egyptien, qui, après avoir traversé illégalement la frontière, s'étaient retrouvés bloqués dans un marécage.

Pour faire face à la situation migratoire, quelque 900 soldats polonais ont été appelé à la frontière où laquelle des fils barbelés ont été posés sur des dizaines de kilomètres.

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