«Sorcières» de Mona Chollet, ou comment sortir de l’ornière misogyne

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En retraçant l’histoire de ces chasses aux «sorcières» qui avaient cours aux XVIe et XVIIe siècles en Europe, Mona Chollet nous révèle une part de l’histoire aussi barbare que méconnue. Si ces supplices visant à éliminer les «têtes féminines qui dépassent» ont été occultés, écrit-elle, c’est parce qu’ils ont contribué à façonner le monde qui est le nôtre. «Ces images négatives continuent à produire, au mieux, de la censure ou de l’autocensure, des empêchements ; au pire, de l’hostilité, voire de la violence.» En abordant des thèmes tels que l’indépendance des femmes, le désir de ne pas avoir d’enfant(s), l’âge, le rapport médecin-patiente ou l’inhibition féminine, l’auteur met des mots sur l’indicible, et pointe du doigt un fléau encore minimisé : la misogynie.

Parcourir ce livre, c’est déconstruire tout ce que l’on a intériorisé au fil des générations, ou plutôt récupérer la mémoire qu’on nous aurait appris à effacer. C’est aussi comprendre que le système dans lequel nous vivons est profondément masculin, dans ses institutions comme dans ses normes et ses pratiques. Quand on sait que seuls 14 pays sur 193 étaient gouvernés par des femmes en 2018, on peut se demander si un système créé par les hommes pour les hommes peut parvenir un jour à se rééquilibrer.

Mona Chollet nous amène à questionner ce que l’on prend pour acquis et immuable. Et l’on ressort de cette lecture en colère. Mais aussi avec l’intime conviction que les femmes font bel et bien de la politique quand elles s’expriment librement au sujet de leurs règles, des violences gynécologiques, des agressions sexuelles, des écarts de salaires, de leurs cheveux blancs, lorsqu’elles revendiquent ouvertement leur «non-désir d’enfant» ou décident de déconstruire ce qu’elles ont appris sur la sexualité et osent parler de leur désir après cinquante  ans. Et si, comme le souligne l’auteur, «la force des stéréotypes et des préjugés peut avoir quelque chose de démoralisant», «elle offre aussi une chance, celle de tracer (...)

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