Sondage BFMTV - Présidentielle: sur la sécurité, les Français donnent le point à Le Pen

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Marine Le Pen à Alençon.  - JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Marine Le Pen à Alençon. - JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Ce n'est ni un blanc-seing, ni un déchaînement d'enthousiasme mais c'est tout de même un succès d'estime précieux pour Marine Le Pen, chahutée jusque dans son camp ces dernières semaines. Selon notre sondage Opinion 2022, réalisé par Elabe pour BFMTV et L'Express avec notre partenaire SFR, parmi tous les candidats officiels ou supposés à la présidentielle, c'est celle du Rassemblement national qui suscite la confiance la plus large au sein de l'électorat pour se saisir des questions de sécurité.

Elle recueille un crédit de 39% auprès du panel. Suffisant pour devancer Emmanuel Macron - auquel 35% des sondés disent faire confiance dans le domaine sécuritaire - et Xavier Bertrand - jaugé sur ce point à 33%.

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Dernier motif de satisfaction pour la députée élue dans le Pas-de-Calais: son rival à l'extrême droite, Eric Zemmour, n'est cité que par 27% des personnes interrogées.

Un succès d'estime pour Marine Le Pen mais pas de K.O.

Le libellé proposé par l'institut Elabe à son panel était le suivant: "Vous personnellement, faites-vous confiance ou pas confiance à chacune des personnalités suivantes sur les questions de sécurité ?" À charge alors pour les sondés de dire leur sentiment au long de la liste de candidats officiels au scrutin, de candidats à une investiture, ou probables qui leur était soumise. Si visiblement l'électorat n'attend pas de personnalité providentielle au tournant - aucun des prétendants à l'Elysée n'est parvenu à convaincre ne serait-ce que quatre Français sur dix -, il apparaît que c'est Marine Le Pen qui tire le mieux son épingle du jeu.

L'élue du Pas-de-Calais est ainsi désignée par 39% des sondés. Un capital en hausse de trois points par rapport à la précédente mesure, établie le 22 septembre dernier. Elle est d'ailleurs la seule à voir sa cote progresser sur ce point avec... Jean-Luc Mélenchon, qui lui aussi gagne trois points et tranquillise 22% des Français.

Ce sont Emmanuel Macron - à 35%, une statistique stable pour lui - et Xavier Bertrand - 33%, glissant d'un point - qui complètent le podium. Ces trois personnalités ont toutes des motifs de se réjouir.

En plus de sa première place, Marine Le Pen a la joie de devancer Eric Zemmour, son challenger auprès de l'extrême droite et de la droite dure, scotché à 27% de confiance. Emmanuel Macron est un "sortant" qui s'en sort bien, en deuxième place, nanti d'un socle stable depuis deux mois. Et Xavier Bertrand déborde ses rivaux dans la course à l'investiture à droite, qu'il s'agisse de Valérie Pécresse (27%) et Michel Barnier (26%). La présidente du Conseil régional d'Île-de-France, quant à elle, peut s'assombrir: elle décroche de trois points, tandis que Michel Barnier grimpe de deux crans.

Les commerçants et les ouvriers avec Le Pen, les cadres pour Macron et Bertrand

Trois segments de la population alimentent particulièrement cette confiance accordée à Marine Le Pen autour du sujet de la sécurité. Elle cumule ainsi 59% de l'assentiment des artisans et commerçants, fédère 48% des ouvriers et 44% des 25-34 ans.

Sans grande surprise, Emmanuel Macron s'appuie sur d'autres cartes sociologiques: la classe d'âge immédiatement inférieure (il a la confiance de 44% des 18-24 ans) et surtout les cadres (50% s'en remettent à lui en matière de sécurité).

Xavier Bertrand, enfin, apparaît comme le second choix des cadres, avec 45 points, et le favori des 65 ans et plus, avec 44 points.

Le handicap canonique de la gauche

Cette enquête Elabe confirme, à l'autre bout du spectre, une constante politique historique. La sécurité est un air qui s'envole mal à gauche. Le déficit de confiance accusé par les candidats de ce bord à la présidentielle de 2022 par rapport à leurs adversaires de droite est important. Jean-Luc Mélenchon est le premier cité au sein de sa famille politique mais avec 22%, en hausse donc de trois points par rapport à la fin septembre, il n'est que septième au palmarès général.

20% des Français ont confiance en Anne Hidalgo pour assurer l'intégrité des individus et de leurs possessions, et 19% disent la même chose d'Arnaud Montebourg. Yannick Jadot bondit de deux points mais n'est mesuré qu'à 17%.

Le chef de file de la France insoumise est aussi la personnalité de gauche la plus rassurante quant à la sécurité parmi les sympathisants de gauche: 47% d'entre eux lui donnent l'avantage sur la question, contre 43% à Anne Hidalgo et 40% à Yannick Jadot. Dans la population française, ce sont avant tout les jeunes qui distinguent Jean-Luc Mélenchon. Ils sont 40% chez les 18-24 ans à lui accorder leur confiance dans le domaine de la sécurité.

Le pouvoir d'achat supplante l'inquiétude sécuritaire

Mais cette édition de "L'Opinion 2022" montre aussi que le thème de la sécurité recule au classement des éléments de réflexion qui détermineront le choix des électeurs à la présidentielle. Le panel de l'institut Elabe devait en effet commencer par pointer les trois thèmes - sur 16 sujets - qui décideront de leur bulletin. Tandis que 47% ont retenu le pouvoir d'achat, seuls 30% de nos concitoyens ont pensé à la sécurité, le premier thème grossissant de deux points en deux semaines.

La préoccupation des Français demeure donc élevée - la sécurité arrivant en deuxième position des motifs qui devraient déterminer l'élection d'après ce sondage - mais la marche en avant du thème sécuritaire s'inverse malgré tout spectaculairement ces dernières semaines. 35% des membres du panel sollicité par Elabe le 21 avril dernier le désignaient, et ils étaient même 38% à la fin du mois de juin. Le sondeur signale d'ailleurs que ce pourcentage en faisait alors le thème principal de la bande originale de la future campagne. Depuis, la problématique de la sécurité a dégonflé de huit points, quand l'inquiétude autour du pouvoir d'achat en prenait 14.

Celle-ci saisit tous les pans de la population, à commencer par les 35-49 ans - dont les représentants au sein de l'échantillon interrogé évoquent pour 52% le pouvoir d'achat - et les habitants des villes comptant de 2000 à 20.000 habitants, avec le même pourcentage. D'un point de vue socioprofessionnel, les ouvriers sont les plus éloquents sur ce chapitre: 56% d'entre eux ont fait du pouvoir d'achat l'aiguillon de leur vote. Les retraités sont les plus enclins à mettre en avant leurs revendications concernant la sécurité, avec une jauge de 37%.

Parmi les facteurs à même d'orienter le suffrage à venir se détachent ensuite l'immigration (27%), la santé (27%) et la politique écologique (26%).

63% des Français jugent que la situation s'est dégradée

Pour autant, les Français continuent - pour une large majorité d'entre eux - à poser un regard grave sur la situation. D'après 63% des sondés, la sécurité des personnes et des biens s'est dégradée ces dernières années. Une perception elle aussi en recul de deux points depuis le baromètre d'avril dernier, toutefois. Si l'inquiétude a grandi de huit points parmi les électeurs de Marine Le Pen dans l'intervalle, elle a baissé de douze points parmi les 18-24 ans: ils sont désormais 41% à fustiger une dégradation de la situation.

Cette impression de déclin sécuritaire est en revanche très vive parmi les retraités, qui l'expriment pour 70% d'entre eux.

Application réelle, durcir le Code pénal: les mesures plébiscitées par les Français

Que faire, alors, pour juguler l'insécurité ? Elabe a proposé onze solutions à ses interlocuteurs qui là encore devaient en ressortir trois. L"application réelle des peines" a été la plus souvent plébiscitée, avec 48% de citations, soit un glissando de trois points depuis avril tout de même. La mesure est soutenue avant tout par 55% des 50-64 ans et 62% des commerçants et artisans.

Les Français sont ensuite 45% à réclamer un durcissement du Code pénal, au prix d'une augmentation de deux points. Cette fois, la popularité du dispositif hypothétique est assurée en premier lieu par l'électorat de droite et d'extrême droite, avec un quorum de 65% parmi les partisans de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2017, et de 60% chez ceux de François Fillon.

Le désir d'un renforcement de la présence policière sur le terrain et son corollaire, l'augmentation des effectifs, prennent la succession, avec respectivement des taux de 36% et de 29%. 28% des Français inclinent davantage à accentuer l'éducation civique à l'école et ils sont 22% à considérer un meilleur équipement des forces de l'ordre.

L'accroissement du nombre de places en prison n'intéresse en revanche que 19% de nos compatriotes, comme le boost de la vidéosurveillance. Quant à l'opportunité d'armer la police municipale, elle ne fait pas franchement recette, avec une faible statistique de 7%.

Article original publié sur BFMTV.com

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