SONDAGE BFMTV - 7 Français sur 10 jugent les sanctions contre la Russie inefficaces pour mettre fin à la guerre

Soldat russe en faction près de Kherson.  - Olga Maltseva
Soldat russe en faction près de Kherson. - Olga Maltseva

L'enseignement de notre nouveau sondage "L'Opinion en direct" livré par Elabe ce mercredi est presque paradoxal. Les Français approuvent toujours les sanctions économiques contre la Russie ainsi que le soutien militaire et financier à destination de l'Ukraine, mais ils n'y croient plus tellement, au fond.

En effet, si 72% des Français prennent encore fait et cause pour les pénalités décrétées contre l'envahisseur et l'aide à l'Ukraine, ils sont aussi respectivement 74% et 52% à estimer que les sanctions et cette alliance ne sont pas efficaces.

Une adhésion aux sanctions pleine de nuances

L'adhésion au train de sanctions économiques se fait d'ailleurs à des degrés divers. Ainsi, 40% (en recul de six points par rapport à une précédente mesure le 24 mars) de nos concitoyens jugent que "le soutien à l'Ukraine et les sanctions contre la Russie sont la priorité, même si cela a un impact de plus en plus important sur leur quotidien et le pouvoir d'achat des Français", selon le libellé de l'institut de sondage. 32% (au terme d'une baisse de deux points) nuancent: "’il faut continuer de soutenir l'Ukraine et sanctionner la Russie, mais si cela a un impact trop important sur leur quotidien et le pouvoir d'achat des Français, il faudra réduire nos sanctions contre la Russie et notre soutien à l'Ukraine".

Enfin, 27% des sondés - une part minoritaire certes, mais en forte progression de huit points - posent au contraire "que le quotidien et le pouvoir d'achat des Français est plus important que le soutien à l'Ukraine et les sanctions contre la Russie". Ils en concluent qu'il "faut stopper les sanctions pour rétablir la situation économique et commerciale".

Géopolitique et fractures sociales

Des statistiques qui traduisent la crainte grandissante autour de conséquences économiques du conflit sur les particuliers et les ménages français. Sans surprise, ce sont donc les Français les plus aisés ou les moins en difficultés qui sont les plus nombreux à militer en faveur des sanctions anti-Russes et le soutien à l'Ukraine. 45% des Français "bouclant leur fin de mois sans se restreindre" en font une priorité absolue, comme 46% des cadres et même 53% des épargnants (qui enregistrent un renfort de trois points).

Le taux chute en revanche à 29% chez les ouvriers, dont 34% réclament plutôt l'arrêt des sanctions. Au-delà de cette catégorie socioprofessionnelle, 32% des Français contraints de se restreindre plaident pour la poursuite des rétorsions contre l'agresseur et veulent toujours épauler l'Ukraine, mais ce seuil s'est abaissé de sept points depuis le 24 mars. L'idée d'abandonner les sanctions perce nettement en revanche dans ce segment, passant à 33%, après un bond de 11 points.

Le spectre politique dévoile un panorama contrasté. 55% des électeurs d'Emmanuel Macron au premier tour de la dernière présidentielle font des sanctions une priorité comme 39% des partisans de Jean-Luc Mélenchon. Mais ces derniers sont également 33% à conditionner leur réponse à une ampleur limitée des dégâts sur le quotidien des Français et 28% préféreraient qu'on s'en tienne là. Du côté des sympathisants de Marine Le Pen, 42% veulent voir les sanctions prendre fin, et 37% d'entre eux ne les soutiendront - ainsi que l'alliance envers l'Ukraine - que si les dommages ne sont pas trop grands pour l'Hexagone.

Des Français très dubitatifs

Le fléchissement de l'enthousiasme s'explique par une perte de foi. 74% de nos concitoyens affirment en effet que les sanctions économiques ne sont pas efficaces. Ils sont plus optimistes en ce qui concerne le soutien militaire et financier à l'Ukraine mais là encore, 52% d'entre nous assurent que ce partenariat n'est pas efficace, contre 47% appuyant la thèse inverse.

C'est simple, l'idée de l'inefficacité des punitions économiques pour faire plier la Russie s'est installée dans toutes les têtes et dans toutes les couches de la société. 56% des électeurs d'Emmanuel Macron - pourtant fer de lance de cette politique - pensent qu'elles sont vouées à l'échec. Toutefois, 70% d'entre eux sont convaincus que le soutien militaire à l'Ukraine est efficace. 66% des électeurs de Marine Le Pen, en revanche, sont persuadés qu'envoyer des armes et de l'argent à l'Ukraine n'est pas utile, comme 54% de la base de Jean-Luc Mélenchon.

Les Français pronostiquent une guerre longue et sans vainqueur

Cette sinistrose rejaillit sur les prédictions autour de l'issue de la guerre. 72% des Français se disent qu'elle ne trouvera pas de vainqueur, et 83% d'entre eux pronostiquent qu'elle ne s'achèvera pas avant "des mois voire des années".

Faut-il y voir un effet de l'habitude et de la routine? Quand l'invasion de l'Ukraine par la Russie "inquiète" toujours 79% de la population, ce peloton s'est aminci de quatre points par rapport à la précédente jauge, établie le 5 avril. Les 65 ans et plus sont toujours 88% à faire part de leur angoisse cependant. Au rayon des inquiétudes, l'une paraît particulièrement prégnante: 80% des personnes interrogées se disent "inquiètes" face au risque d'accident nucléaire, devant le climat toujours plus délétère autour de la centrale nucléaire de Zaporijia.

Article original publié sur BFMTV.com