Un sommet international pour faire entendre la voix des victimes du terrorisme

La ville de Nice, touchée par l’attentat du 14 juillet 2016 qui avait fait 86 morts, a été choisie pour héberger le 8e Congrès international des victimes du terrorisme, et les réflexions des victimes sur l’amélioration de leur prise en charge.

Comment se reconstruire lorsqu'on a été victime du terrorisme, blessé physiquement ou psychologiquement après la perte d'un proche .? Comment adapter la prise en charge de ces victimes à travers le monde ? Ces questions seront débattues à partir de ce jeudi à Nice, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où s'ouvre le 8e Congrès international des victimes du terrorisme.

Un congrès pour se reconstruire

L’idée d’un tel congrès est avant tout de permettre aux victimes du terrorisme, venues du monde entier, d'échanger et de trouver des pistes pour se reconstruire, notamment pour les victimes d'attentats récents.

Guillaume Denoix de Saint Marc, le directeur de l'Association française des victimes du terrorisme, qui organise ce congrès, voit même une forme d'universalité qui unit toutes les personnes touchées par le terrorisme : « On se comprend entre nous, entre victimes, au-delà de nos différences culturelles, sociales, religieuses ou de couleur de peau. C’est magique ! C’est tellement structurant d’avoir été touché par un attentat, que l’on se reconstruit sur de nouvelles bases, parallèles. Nous nous ressemblons dans le rapport que nous avons avec les autres, dans le rapport que nous avons avec la vie. Et du coup, il y a une sorte de fraternité entre victimes que nous essayons d’utiliser comme une sorte de diplomatie des victimes du terrorisme. »

Guillaume Denoix de Saint Marc souhaite notamment qu'à travers leurs différents vécus ces victimes d'attentat amorcent des changements profonds dans la société.

Sensibiliser les pouvoirs publics de tous les pays touchés

De l’avis même des personnes touchées physiquement ou psychologiquement par le terrorisme, la prise en charge des victimes est très différente selon le pays dans lequel a eu lieu un attentat. Certaines d'entre elles ont parfois l'impression d'avoir été littéralement abandonnées.

C'est le cas de Mélanie. Elle a été blessée lors de l'attentat du Caire en 2009, qui avait causé la mort d'une Française. C'était sa meilleure amie. Les deux jeunes filles étaient parties avec un groupe de jeunes de Levallois en vacances lorsqu'une bombe a explosé près du café où elles se trouvaient.

Mélanie estime ne pas avoir été suffisamment prise en charge en Égypte : « Il y a dix ans - et peut-être encore maintenant - l’Égypte n’avait pas de prise en charge. C’est-à-dire que tout le monde s’est retrouvé dans une salle, ils nous ont triés, ceux qui avaient besoin de soins urgents, pas urgents... et ceux qui n’étaient pas urgents c’était "rentrez à l’hôtel". Bien sûr il y avait une prise en charge médicale, mais on n’a pas eu de prise en charge psychologique. Pas de prise en charge administrative non plus. Pourtant, le temps que vous vous fassiez rapatrier, les séquelles psychologiques arrivent, et ce sont les premiers moments les plus importants », conclut-elle.

Mélanie se bat donc pour qu'un canevas international de prise en charge des victimes du terrorisme voie le jour dans les années qui viennent. Il devrait en être longuement question lors de ce 8e congrès.

Impuissance face à la justice

Bien souvent, les victimes se sentent aussi impuissantes face aux démarches administratives ou judiciaires. Notamment lorsqu'il s'agit de faire la lumière sur les circonstances d'un attentat, et particulièrement quand celui-ci a été perpétré à l’étranger.

C'est ce qu'a vécu Marie-Claude Desjeux. Elle a perdu son frère dans la prise d'otage de la raffinerie d'In Amenas, en Algérie en 2013. Elle témoigne : « J’ai parfois des sentiments de frustration parce qu’il y a beaucoup de choses qui n’ont pas été faites pour nous. Et quand vous êtes victime d’un attentat à l’étranger par exemple, la justice française ne fonctionne pas. Ils ne s’occupent pas de nous. Et pour être franche, il m’est déjà arrivé d’aller voir un juge d’instruction et de lui demander : "Mais pour quelle raison, cinq ans après, nos dossiers ne sont pas traités ?". La réponse est arrivée toute seule : "Oui mais il y a eu Nice, le Bataclan… on croule sous les dossiers". » Marie-Claude Desjeux se demande donc s’il faut toujours être confronté à un attentat de masse en France pour que la justice prenne les victimes en considération.

Elle pointe aussi du doigt le silence des autorités algériennes qui refusent de rendre publics certains documents. Là encore, cette question de la transparence des autorités et de la déclassification de documents sera débattue à Nice pour tenter d'améliorer chaque aspect de la prise en charge des victimes du terrorisme. Une prise en charge essentielle, d’après ces dernières, pour tenter de faire le deuil et commencer le travail de résilience nécessaire à la reconstruction.

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