Somme: le mémorial de Thiepval en travaux pour continuer à honorer les morts du "Verdun britannique"

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Un monument de 45 mètres de haut, gravé de 72.000 noms: 105 ans après la bataille de la Somme, l'imposant mémorial de Thiepval, dédié aux soldats du Commonwealth disparus pendant l'été 1916, subit d'importants travaux, afin de continuer à entretenir la mémoire de leur sacrifice.

Sur une butte de la campagne picarde se dresse ce mémorial composé de trois arches de style Art déco, inauguré en 1932 en hommage aux soldats - essentiellement britanniques mais aussi sud-africains - tombés dans ce qui est entré dans les mémoires comme le "Verdun britannique".

Avec plus de 12.000 militaires tués dès le premier jour, le 1er juillet 1916, et dont les corps n'ont pas été retrouvés, la bataille de la Somme a été la plus coûteuse en vies humaines de la Première Guerre mondiale pour l'armée britannique.

Jeudi, l'ambassadeur du Royaume-Uni était attendu sur place, cinq ans après la commémoration en grande pompe du centenaire, en présence de François Hollande, de David Cameron et d'une partie de la famille royale britannique.

Thiepval est "le mémorial le plus grand et le plus emblématique du monde pour la Commonwealth War Graves Commission (CWGC)", explique Xavier Puppinck, directeur pour la France de cette commission qui entretient 23.000 sites dans 153 pays. En France, elle emploie 400 personnes, dont 300 jardiniers.

La CWGC a entrepris d'importants travaux de rénovation du mémorial, dont la deuxième phase, lancée en mars 2021 pour un coût de 3 millions d'euros, doit s'achever en mai 2022.

Au programme, drainage et amélioration de l'étanchéité du bâtiment, exposé sur sa colline au vent et à la pluie, mais aussi restauration ou remplacement de panneaux de pierre sur lesquels sont gravés les noms.

"C'est toujours émouvant: ce n'est pas simplement un nom gravé dans la pierre, c'est la mémoire d'un soldat. Ils ont traversé la Manche pour mourir pour nous", confie Franck Michel, graveur de la CWGC occupé à re-graver un nom qui avait été endommagé, en respectant scrupuleusement la police d'origine.

Sur les panneaux s'égrènent des chapelets de Watson, de Newton, de Kelly...

- "Gains ridicules" -

Le mémorial accueille - hors crise sanitaire - 250.000 visiteurs par an, dont nombre de groupes scolaires britanniques.

La campagne environnante regorge de petits cimetières britanniques, canadiens ou néo-zélandais. Du sommet du mémorial, pas accessible au public, on devine, derrière un petit cimetière franco-britannique, les boursouflures laissées par les tranchées.

Si les pales d'éoliennes tournent désormais à l'horizon, le sol reste truffé de galeries et d'obus, mais aussi de corps de centaines de soldats n'ayant jamais eu de sépulture.

"Les gains ont été ridicules pour une bataille qui a fait presque un million de morts", rappelle M. Puppinck. La CWGC s'est donnée "pour mission que leur sacrifice ne soit jamais oublié", alors que la moyenne d'âge des soldats britanniques était de "22 ou 23 ans".

Ils s'étaient engagés par groupes entiers d'un même village, d'une même entreprise. Cette bataille et son "taux de mortalité quotidien faramineux" a ainsi entraîné "un deuil social, qui a touché toute la société", explique Lucie Balin, de la CWGC.

Si pendant l'entre-deux-guerres, "les Allemands se sentaient en droit de venir commémorer leurs morts", la Seconde Guerre mondiale a bouleversé la donne. Mais "cela commence à changer, des Allemands commencent à venir et essayer de comprendre ce qui s'est passé", constate M. Puppinck.

Quant aux Français, ils s'interrogent plus sur leur histoire depuis la célébration du centenaire, se réjouit-il: "2016 a relancé plus que clôt le chapitre".

bj/rl/cal

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