"Soleil Vert", "American Nightmare"... Comment Hollywood imaginait 2022

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Détail de l'affiche de
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Le cinéma aime se projeter dans le futur pour décrypter les enjeux du temps présent et nous mettre en garde. Les films se déroulant en 2022 révèlent un imaginaire particulièrement tourmenté: humains cannibales (Soleil Vert), légalisation du crime (American Nightmare), catastrophes naturelles (Geostrom, avec Gerard Butler), invasion d'extraterrestres (Alien Intruder, avec Billy Dee Williams de Star Wars)... 2022 sera l'année de tous les dangers, à en croire Hollywood!

Classique du cinéma de SF sorti en 1973, et adapté d'un roman de Harry Harrison publié en 1966, Soleil Vert est une des dystopies les plus sombres jamais réalisées par Hollywood. Ce film de Richard Fleischer, avec Charlton Heston dans le rôle principal, imagine un monde au bord de l'extinction, asséché par une canicule qui a conduit à l'épuisement des ressources naturelles.

Appauvris et affaiblis, les humains s'entassent dans des mégalopoles polluées, et pratiquent l'euthanasie volontaire. Ils se nourrissent exclusivement d'un aliment synthétique distribué une fois par semaine et baptisé "soleil vert" ("soylent green", contraction de "soybean-lentil", des lentilles de soja). Ses producteurs, Soylent Industries, assurent qu'il a été conçu à base de planctons et de germes de soja...

Le cannibalisme pour survivre

L'intrigue de Soleil Vert se déroule dans un New York aux allures de bidonville, où s'entassent 44 millions d'habitants (dont 20 millions de chômeurs). Le détective privé Frank Thorn (Charlton Heston) enquête sur la disparition d'un homme d'affaires. Au cours de son enquête, il va découvrir la vérité sur son monde, qui a basculé dans le cannibalisme pour survivre: le "soleil vert" provient en réalité des cadavres, recyclés en aliment.

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Thorn est assisté par le professeur Sol Roth (Edward G. Robinson), un des derniers survivants du monde d'avant, qui lui explique comme l'humanité s'est autodétruite à l'ère industrielle - un message souligné dès le générique d'ouverture, un montage édifiant sur les dérives de nos sociétés:

"Quand j’étais gosse, la nourriture, c’était de la bouffe. Là-dessus, nos magiciens de la science ont empoisonné l’eau, pollué le sol, détruit les plantes et la vie animale", révèle le vieux Thorn. "De mon temps, on trouvait de la viande n’importe où. On achetait des œufs, du vrai beurre. On trouvait de la laitue fraîche à gogo! Est-ce que quelqu’un peut vivre dans un climat comme celui-là? La canicule d’un bout de l’année à l’autre, on se croirait dans un four, on crève à force de transpirer."https://www.youtube.com/embed/AlVczvB4FQk?rel=0

Soleil Vert sort sur les écrans aux débuts de la prise de conscience écologique - et anticipe ainsi d'autres œuvres de SF sur des catastrophes climatiques et environnementales, comme 2012 (2009) et Snowpiercer (2013). Inoubliables, les images d'émeutiers recyclés en "soleil vert" évoquaient aussi dans les années 1970 le sort réservé alors aux militants des droits civils, noyautés de l'intérieur par le FBI.

L'épuration de société

Sorti quarante ans après Soleil Vert, American Nightmare évoque un combat similaire. Le premier film de cette saga produite par Jason Blum se déroule également aux Etats-Unis en 2022, mais dans un futur en meilleure santé. Du moins en apparence.

Affaibli par une importante crise économique en 2014, le territoire américain est désormais sous la coupe des Nouveaux Pères Fondateurs. Pour maintenir un faible taux de chômage et de criminalité, ce gouvernement met en place une période annuelle de douze heures consécutives où toutes les pulsions (meurtre, vol, etc.) sont autorisées.

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La métaphore politique a pris de l'importance au fil de la sage, qui se fait l'écho du mouvement Black Lives Matter. American Nightmare 4: Les Origines met ainsi en scène la première purge, organisée dans une cité de Staten Island où vivent principalement des immigrants et des Noirs.

Les habitants du lieu découvrent que le gouvernement se sert de cette nuit comme d'un prétexte pour mener des épurations ethniques. Le film culmine dans une scène où les héros (noirs) affrontent les institutions (blanches). Le message de la franchise, qui peut paraître évident, n'est pas très bien compris aux Etats-Unis, comme l'a expliqué Jason Blum au site FilmsActu:

"Les idées politiques de ces films ont toujours été mieux comprises par les spectateurs en dehors des Etats-Unis. Aux Etats-Unis, on aime la vengeance, les armes et tirer sur des gens. C’est 'vas-y tue tue tue!'. A l’international, les spectateurs sont un peu plus malins et font preuve de recul. Ils comprennent que les films American Nightmare sont des récits de mise en garde. Ils ne sont pas là pour encourager la vengeance et la violence. Bien au contraire."

Article original publié sur BFMTV.com

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