Soldes d’hiver : Pourquoi sommes-nous aussi mal à l’aise dans les cabines d’essayage ?

Une femme dans une cabine d’essayage
Igor Alecsander / Getty Images Une femme dans une cabine d’essayage

SOLDES - Ce n’est pas souvent un moment agréable. Le rideau coulisse difficilement, le porte-manteau est inexistant ou trop petit, la lumière est blafarde et le miroir franchement pas flatteur. Dans ce contexte, qu’il s’agisse d’un pantalon ou d’une robe, il n’est pas toujours évident de faire face à son reflet, de se plaire, ni même d’avoir envie d’acheter.

Les soldes d’hiver commencent dans la majorité des départements ce mercredi 11 janvier. Parmi les Français qui prévoient d’y participer, certains iront jusqu’aux cabines d’essayage.

« Les achats réalisés pendant les soldes sont plus rapides, plus impulsifs », explique Christine Gonzalez, professeure à l’Université du Maine spécialisée dans la promotion des ventes, interrogée par Le HuffPost. « Ils se font généralement dans des conditions dégradées. » Au programme du premier jour des soldes, plus d’excitation, de précipitation et d’énervement qui peuvent aussi accentuer un mal-être en cabine déjà présent en temps normal.

Face à soi-même pour le meilleur et pour le pire

L’essayage dans une cabine pourrait être un moment agréable, celui où l’on tire le rideau et l’on souffle un peu, celui où l’on se met à l’abri des regards pour enfiler une belle tenue. Et pourtant.

Setha Low, professeure en psychologie environnementale américaine désigne la cabine comme « l’espace ultime de confrontation ». Dans cet endroit étriqué, s’entrechoquent l’image que l’on a de son corps et la réalité. La sexologue et psychanalyste, Catherine Blanc, abonde dans le même sens : le choc est souvent rude dans ce face à face.

« Les vêtements qui camouflaient, tenaient, dessinaient la silhouette tombent et nous laissent face à un corps dans sa réalité, témoignant aussi de la façon dont nous le traitons. Cette brutalité du regard sur soi n’est bien sûr pas objective, elle est façonnée par l’estime que l’on a de soi et les comparaisons, plus ou moins conscientes, et toujours en notre défaveur, que les images médiatiques nous incitent à faire. »

Dans la « Psychologie du bien et du mal », le professeur de psychologie cognitive Laurent Bègue cite lui aussi la violence du miroir de la cabine d’essayage. Cela vaut en particulier pour les personnes qui souhaitent maigrir et qui découvrent la différence entre leurs aspirations et leur poids réel devant un miroir grandeur nature.

Notre reflet peut en plus varier d’une enseigne à l’autre. Une journaliste du DailyMail avait ainsi montré que les miroirs des différentes cabines ne lui renvoyaient pas la même image selon les marques. Certains étaient bien plus flatteurs que d’autres. En France, une journaliste de Rue89 a elle aussi mené l’enquête et parvient aux mêmes conclusions. En la matière, les marques restent évidemment très silencieuses.

Des innovations qui peinent à se généraliser

La cabine est un élément clé dans le processus d’achat. Bien pensée et agréable, elle peut être un plus qui poussera à passer plus de temps en magasin. Les enseignes en ont conscience mais la relation client-cabine peine encore à s’améliorer, malgré certaines innovations en la matière.

Dès 2016, dans la plus grande boutique de New York de la marque Ralph Lauren, des miroirs intelligents ont ainsi été mis en place. Quand le client entre avec un vêtement, celui-ci apparaît sur le miroir, de même que les couleurs et tailles disponibles. Un robot styliste propose des combinaisons. Le client peut sélectionner directement depuis le miroir les autres pièces qu’il veut essayer. Il peut également modifier l’éclairage de trois façons différente. Une manière de reprendre le pouvoir dans la cabine et de ne plus être seul ? La méthode est pour l’instant loin de s’être généralisée.

À défaut d’une cabine qui pourrait permettre un face à face un peu plus serein ou, au moins, moins chargé psychologiquement, il ne nous reste donc plus qu’à essayer, à l’avenir, de soigner notre rapport aux miroirs et à notre image.

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