Des soldats américains entraînent en secret l'armée taïwanaise, vive réaction de Pékin

·3 min de lecture

Des soldats américains d'élite entraîneraient en toute discrétion les troupes taïwanaises. Cette information, révélée par le Wall Street Journal provoque la colère à Pékin qui y voit une « grave atteinte » à sa relation avec Washington.

Une vingtaine de militaires des forces spéciales américaines et un contingent de soldats du corps des Marines forment des petites unités de l'armée de terre et de la marine taïwanaises, écrit le Wall Street Journal.

« Il y a deux groupes, des soldats des forces spéciales et des forces conventionnelles », a précisé à l'Agence France-Presse un responsable américain ayant requis l'anonymat. D'après cette source, les soldats d'élite sont « moins de 20 » et la force conventionnelle, qui est déployée par rotations, n'est « pas importante ». Le responsable n'a pas précisé la date de l'arrivée sur l'île des soldats d'élite américains, mais il a assuré qu'ils y sont « depuis moins d'un an ».

Interrogé à ce sujet, le Pentagone n'a pas démenti. « Je n'ai pas de commentaire sur des opérations, des déploiements ou des entraînements spécifiques, mais je voudrais souligner que notre soutien à Taïwan et nos relations de défense (avec l'île) s'alignent sur la menace que représente actuellement la République populaire de Chine », a déclaré un porte-parole du ministère américain de la Défense, John Supple.

« Une fuite volontaire »

Selon le chercheur Barthélémy Courmont de l’Université catholique de Lille et directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), les révélations du Wall Street Journal pourraient être une « fuite volontaire » en guise de message envoyé à la Chine. Pour lui, il s'agit de démontrer une nouvelle fois la force du lien qui lie Washington à Taipei, avec la volonté de refaire de Taïwan une plateforme de la présence américaine dans la région. Un rempart aux velléités chinoises.

Ces révélations arrivent en effet en pleine démonstration de force de Pékin : en début de semaine, un nombre record d’avions militaires chinois a été identifié par l’armée taïwanaise au sein de sa zone d’identification aérienne. « Il y a beaucoup d'inquiétude, et elles sont légitimes, du côté taïwanais, et beaucoup d'inquiétudes aussi du côté de la communauté internationale. Cette fuite vient à point nommé pour montrer que les États-Unis sont présents et surtout qu'ils sont prêts à répondre à ces provocations chinoises », analyse Barthélémy Courmont.

Après ces révélations, Pékin a fustigé vendredi une « grave atteinte » à sa relation avec Washington. Un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a appelé les États-Unis à « pleinement reconnaître la grande sensibilité des questions liées à Taïwan » et à « respecter le principe de la Chine unique » et de « cesser de nouer des liens militaires avec Taïwan pour ne pas porter gravement atteinte à la relation sino-américaine ».

► À lire aussi : Pékin déterminé à empêcher un rapprochement entre les États-Unis et Taïwan

Un levier dans les négociations ?

Pékin considère Taïwan comme une de ses provinces. Elle menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d'indépendance sur l'île. Les États-Unis, eux, sont de longue date le plus proche allié de Taïwan. Mais jusqu'où iront les Américains pour défendre l'île ? « Apporter un soutien en temps de paix, c’est une chose. Si effectivement les tensions s'accélèrent et qu'on va vers une confrontation militaire (...) les États-Unis seront-ils prêts à aller vers une guerre avec la Chine ? s'interroge Barthélémy Courmont. C'est tout à fait discutable et on a le sentiment que l'on va se servir de Taïwan comme d'un levier dans les négociations avec Pékin, mais pas nécessairement cautionner un usage de la force et donc d'une guerre à grande échelle. »

Le chercheur rappelle que dans le cas d'une agression chinoise, le Taïwan Relations Act et le dialogue stratégique entre les deux pays suppose un engagement américain au côté de Taïwan, une mise à disposition de l'outil militaire américain.

Les soutiens à Taïwan se sont multipliés ces derniers jours. Le parlementaire français Alain Richard, qui mène actuellement une délégation sénatoriale en visite à Taïwan, a qualifié jeudi l'île de « pays » et que « Taïwan n’est pas seul ». Ce vendredi matin, l’ancien Premier ministre australien, Tony Abbott, lui aussi en visite à Taipei a réaffirmé sa solidarité avec Taipei. « Nous devons faire savoir à Pékin que tout usage de la force aura des conséquences considérables », a-t-il déclaré.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles