A la soirée RN, des militants sous le choc malgré la "progression"

Le président du Rassemblement National (RN) Jordan Bardella, le 7 juillet 2024 à Paris (Dimitar DILKOFF)
Le président du Rassemblement National (RN) Jordan Bardella, le 7 juillet 2024 à Paris (Dimitar DILKOFF)

Ils ont à peine agité leurs drapeaux bleu blanc rouge à l'annonce des résultats. "Ecoeurés", "déçus", les militants du Rassemblement national ont pris un coup sur la tête dimanche à la soirée électorale de leur parti à Paris, après des législatives très en deçà de leurs espoirs.

Le RN progresse encore dans l'hémicycle, avec de 120 à 152 députés selon les estimations, mais loin de la vague espérée à l'issue du premier tour il y a une semaine, et seulement en troisième position derrière la gauche du Nouveau Front populaire et les macronistes.

"C'est pas bon, c'est pas bon", peste un militant anonyme, devant l'écran géant qui diffuse le direct de TF1 avec les premiers résultats à 20H. "Je suis écoeuré, leur coalition artificielle" avec des désistements pour barrer la route au RN "a marché".

Dans ce pavillon Chesnaie du Roy, à l'entrée du parc floral dans le 12e arrondissement parisien, tous pestent contre le "barrage", ce plafond de verre qui semble encore résister aux assauts du parti d'extrême droite.

"C'est décevant, mais la situation s'est déjà produite", souligne Cecilia Djennad, une militante de 32 ans, drapeau en main. "On diabolise le RN depuis des années. L'extrême gauche joue sur la peur. Je ne vais pas baisser les bras", assure cette directrice régionale d'une marque de bijoux, en se projetant vers les municipales de 2026.

Olivier Mondet, un cadre infirmier de 64 ans, est plus énervé. "Plus personne n'y croyait à ce barrage républicain. Les Français, on leur raconte n'importe quoi, ils gobent tout, on les manipule", croit-il.

L'ambiance atone s'anime un peu quand Jordan Bardella grimpe à la tribune, visage fermé. Celui qui rêvait d'être Premier ministre à 28 ans promet que "tout commence ce soir", que le RN sera la "seule alternance face au parti unique" et aux "arrangements électoraux orchestrés depuis l'Elysée".

Dans la salle, son lieutenant, l'eurodéputé Pierre-Romain Thionnet, fait le service après vente. "Je suis surtout déçu pour l'expression démocratique. Certaines combines déjà éculées ont fonctionné. Mais c'est un sursis d'un an s'il y a une nouvelle dissolution ou de trois ans", avec la présidentielle de 2027, promet-il.

- "Immonde" -

Les dérapages de certains candidats ont-ils pesé dans la dernière ligne droite ? "Cela concerne quatre ou cinq personnes", balaie M. Thionnet.

Agacé, le député Nicolas Dragon dénonce lui des "alliances contre-nature", des "tambouilles" et s'en prend à la "carte de France immonde" sur "nos candidats respectables", alors que le camp présidentiel avait recensé dans une "carte de la honte" les propos "racistes, antisémites et homophobes" de certains RN.

Sur la terrasse, un "haut-fonctionnaire", anonyme en raison du "devoir de réserve", fume sa pipe l'air interdit. Pourquoi le RN est aussi bas par rapport à ce que semblaient annoncer les enquêtes d'opinion ? "Je ne sais pas", reconnaît-il, mais avec la nouvelle Assemblée, "ce sera juste ingouvernable, c'est la 4e République".

Quelques applaudissements retentissent quand les visages de candidats RN victorieux apparaissent à l'écran, celui de Jean-Philippe Tanguy par exemple, réélu dans la Somme.

En costumes cravates, plusieurs étudiants, souvent du syndicat de la Cocarde ou de l'UNI, assurent que cette progression continue du RN est "inarrêtable".

"C'est un TGV le RN", estime Noah Ludon, en fac d'histoire. "Notre électorat augmente", la victoire ce sera pour la prochaine fois".

Selon Louis Igonin, étudiant en droit, cette "campagne a fait tomber un masque": les autres camps "essayent de réexister avec une alliance contre-nature pour grappiller des électeurs. C'est une honte et un abaissement du PS de s'allier à un parti aussi dangereux que LFI", juge-t-il.

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