Soirée orageuse à l'Assemblée: "c’est inconséquent de faire de la politique sur la crise sanitaire"

Par Jules Pecnard avec Jérémy Brossard
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Olivier Véran à l'Assemblée nationale, le 3 novembre 2020 - AFP / Stéphane de Sakutin
Olivier Véran à l'Assemblée nationale, le 3 novembre 2020 - AFP / Stéphane de Sakutin

Lors de son point presse hebdomadaire à l'issue du Conseil des ministres, Gabriel Attal a tenté de botter en touche. Interrogé ce mercredi sur la séance ubuesque qui s'est déroulée la veille à l'Assemblée nationale, le porte-parole du gouvernement a affirmé ne pas l'avoir suivie. Il a tout de même pris soin d'expliquer qu'ayant lui-même été parlementaire, "il peut y avoir ce type de péripétie à l'occasion de l'examen d'un texte".

Par "péripétie", Gabriel Attal fait donc allusion à la mise en minorité de La République en marche, mardi soir, lors des débats autour du projet de loi de prorogation de l'état d'urgence sanitaire.

Un "couac" parlementaire à la suite duquel le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, est monté dans les tours de façon inhabituelle pour vivement tancer les députés Les Républicains. Le capharnaüm n'en a fait que s'aggraver et la majorité, rappelée à l'ordre par son patron de groupe Christophe Castaner, compte enfiler à nouveau les gants de boxe pour rattraper le coup ce mercredi.

"Ils font de la démagogie"

"On est un peu embêté avec des oppositions irresponsables, surmobilisées et alliées contre la majorité. C'est désolant", glisse un député LaREM auprès de BFMTV. Les divers commentaires émis du côté des macronistes sont tous de cette tonalité.

"Ce qui est regrettable, ce qui nous affaiblit d'une certaine manière, c’est que la succession de petites polémiques, perturbe le message sanitaire initial", constate-t-on dans l'entourage d'Olivier Véran. "L'opposition doit faire face à ses responsabilités. C’est inconséquent de faire de la politique sur l'état d’urgence sanitaire."

Parmi les accusations portées par la majorité, il y a celle relayée par Le Parisien, où un député LaREM affirme que les LR ont "réservé l'intégralité des tables du restaurant de l'Assemblée". Une manœuvre qui aurait obligé les marcheurs à rentrer chez eux pour dîner et, mécaniquement, arriver en retard dans l'hémicycle. D'où les bancs LaREM dégarnis lors de l'adoption de deux amendements qui changent substantiellement la physionomie du texte gouvernemental.

"Nous on travaille, on bosse pour protéger les Français. Ils font de la démagogie comme s'ils étaient en campagne électorale", regrette ainsi un parlementaire macroniste.

"Ce sont des tocards", rétorque LR

"On a marqué deux buts", fanfaronnait mardi, en pleine séance, un élu LR auprès de BFMTV.com. "Les pauvres n'ont pas compris que, comme tout est fermé, on n'a rien à faire en circonscription. Donc notre petit plaisir c'est de venir à l'Assemblée; pour eux c'est un sacerdoce", raillait un autre.

D'autres n'entendent pas se laisser accuser d'avoir empêché LaREM de répondre présent au moment fatidique. "S'ils perdent des votes 'parce que l'opposition a pris toutes les tables au restaurant du 8ème étage', c'est que ce sont des tocards. Qu'ils aillent expliquer ça à leurs électeurs", réagit par exemple le LR Pierre-Henri Dumont.

"Certains disent que nous étions plus nombreux que la jauge de 50% - c'est faux, on était 50 pour un groupe de 104 -, d'autres qu'ils n'ont pas eu le temps de manger parce qu'il y avait des LR à la buvette. Moi je suis désolé, je suis allé à la buvette, j'ai vu qu'il y avait du monde et que ça allait être trop juste pour reprendre à 21 heures. Du coup j'ai commandé une pizza sur Uber Eats et j'ai mangé dans mon bureau", nous assure-t-il.

Ce mercredi, le président du groupe LR Damien Abad a entamé la nouvelle séance en appelant la majorité au "calme" et "à la sérénité". Tout en disant comprendre son coup de colère, il a reproché à Olivier Véran d'avoir "méprisé la représentation nationale".

Consignes de Castaner

Chez LaREM, certains concèdent un moment d'inattention, voire d'amateurisme, procès qui leur a été pourtant régulièrement intenté depuis le début de la législature.

"C'est vrai qu'on était moins mobilisés, on s’est laissé endormir. Pour les prochaines sessions dans l'hémicycle, il faut des délégations renforcées, et des appels à présence", concède un élu de la majorité auprès de BFMTV.

Ce fut chose faite dès la fin de la séance mardi lorsque le patron du groupe, Christophe Castaner, a envoyé des instructions claires par texto à ses troupes:

"Nous avons été minoritaires dans la soirée, (...) nous devons impérativement être en nombre et majoritaires. (...) Sur un sujet de cette importance, de cette sensibilité, nous ne pouvons perdre parce qu'absent. Ce serait une faute, une tache, sur notre action collective. Je compte sur vous."

Au sein de l'exécutif, on ne s'y trompe pas. "C'est un revers politique inquiétant, on n'est qu'au début de la crise. On sera au pic dans les hôpitaux dans 15 jours. Il y a une fébrilité politique, aucune unité nationale", glisse un conseiller ministériel à BFMTV. Et de constater l'inefficacité de la communication gouvernementale:

"La droite a été très à l'offensive sur la question des commerces de proximité. La vérité, c'est que beaucoup de gens ne comprennent pas. Le Premier ministre n'a pas été clair dans son 20H (de TF1 dimanche, NDLR). Ses déplacements carte postale n'impriment pas. Il essaie de remettre l'enjeu sanitaire au centre mais il n'y parvient pas."

Article original publié sur BFMTV.com