"Les soins palliatifs, ça ne suffit pas": François Hardy raconte la fin de vie de sa mère et s'engage pour l'euthanasie

Benjamin Pierret
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Françoise Hardy en 2005, aux Victoires de la musique - Bertrand Guay - AFP
Françoise Hardy en 2005, aux Victoires de la musique - Bertrand Guay - AFP

Françoise Hardy s'engage en faveur de l'euthanasie. Alors qu'une proposition de loi "donnant et garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie" est examinée ce jeudi en séance plénière à l'Assemblée nationale, la chanteuse prend la parole sur BFMTV pour défendre ce projet, en faisant part de sa propre expérience.

L'examen de ce sujet hautement sensible est accompagné d'une vive levée de boucliers au sein de la classe politique. Quelque 3000 amendements ont été déposés, dont 2300 viennent de députés Les Républicains, contre cette proposition de loi du député Olivier Falorni (groupe Libertés et Territoires), qui s'adresse aux personnes souffrant d'une pathologie incurable:

"Je suis complètement scandalisée par tous ces gens qui empêchent quelque chose qui a été autorisé dans des pays comparables au nôtre", regrette Françoise Hardy. "Dans la famille, nous sommes tous pour l'euthanasie. Il faut ne pas pouvoir se mettre à la place des gens qui souffrent et qui n'ont pas l'espoir que ça va s'améliorer pour ne pas être à fond pour cette euthanasie. Je suis assez désappointée par l'attitude des politiques qui disent que les soins palliatifs, ça suffit. Non, ça ne suffit pas."

Sa mère atteinte de la maladie de Charcot

Celle qui condamne un "manque d'empathie" évoque l'exemple de sa mère, atteinte de la maladie de Charcot, qui a eu recours à cette méthode "à la fin des années 1980, début des années 1990": "Elle m'avait demandé d'essayer de trouver des médecins qui pratiquaient l'euthanasie", raconte Françoise Hardy.

"Quand elle a décidé, son médecin lui a envoyé un médecin hospitalier qui est venu l'interroger pour être sûr que c'était vraiment sa volonté (...) Il avait fallu ensuite que ce médecin hospitalier, qui avait pris, je pense, un nom d'emprunt, élabore tout un scénario avec moi pour le jour où on pratiquerait l'euthanasie sur ma mère, afin que je puisse aller à la mairie déclarer son décès, en racontant une histoire dont nous aurions convenu de façon à ce que le médecin légiste ne s'inquiète pas et puisse faire le nécessaire."

"Les médecins risquent de perdre leur activité"

Françoise Hardy assure que l'euthanasie est pratiquée "de manière illégale", et regrette que la loi ne l'encadre pas, rendant toujours plus compliqué le fait d'y avoir recours. La chanteuse, qui s'est récemment confiée sur les conséquences de son cancer lymphatique et de son cancer du pharynx, a elle-même envisagé cette issue, mais s'est heurtée à l'interdiction:

"Je connais un médecin à qui je m'étais adressée en ce qui me concerne, en lui disant 'Si mes problèmes ne s'arrangent pas, est-ce que tu pourras m'aider?'. Il m'a répondu qu'il avait fait ça quelques fois par le passé, mais qu'il ne le ferait plus. Les médecins qui se risquent à faire ça risquent aussi de perdre leur activité."

Certains décident de se rendre dans des pays qui ont légalisé l'euthanasie, comme l'Espagne ou la Suisse, afin de mettre fin à leurs souffrances. Une alternative qui n'est pas à la portée de tous les concernés, comme le souligne la chanteuse de Message personnel: "Pour aller en Suisse, pour voyager, se déplacer, pour amener un dossier médical complet, il faut être en bonne santé." Il en va de même pour le recours au suicide, évoqué par certains réfractaires à la proposition de loi: "Il y a beaucoup de personnes qui sont impotentes, qui ne peuvent pas."

Article original publié sur BFMTV.com