Soignants : leur santé mentale à rude épreuve

Julien Hernandez, Rédacteur scientifique
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Soignants : leur santé mentale à rude épreuve

Être focalisé sur l'aplatissement de la courbe de cas Covid-19 est important afin de ne pas submerger encore plus les hôpitaux. Mais derrière cet objectif, il ne faut pas oublier qu'il y a des soignants épuisés. Ces derniers seront nombreux à ne pas sortir indemnes d'une telle épreuve, qui n'est pas encore terminée.

Derrière les chiffres se cachent des êtres humains

« Avant que l'épidémie s'installe, je me souviens avoir dit à mes collègues et à ma famille que ce serait grave parce que nous n'avions pas d'immunité. Mais en réalité ça n'a pas été grave qu'à cause de cela. Cela l'a été car notre système de soin n'a plus les moyens de soigner devant de telles situations. » Tels sont les mots d'une infirmière – que nous appellerons ici Sarah – infirmière formée en santé publique et enseignante en Institut de formation en soin infirmiers (IFSI) en Alsace, le principal foyer épidémique français. 

Cette pandémie était sa première expérience de crise sanitaire d'une telle ampleur. « Personne n'imaginait manquer de matériel. Pourtant, c'est arrivé. Je ne pensais pas que ça pouvait être possible. » Elle raconte une situation qui l'a submergée, elle et l'ensemble de ses collègues. « Pourtant, ma formation en santé publique m'avait permis d'envisager que l'épidémie serait grave. Mais les données venant de Chine m'ont empêchée d'imaginer la réalité de ce que nous vivons aujourd'hui. Ce n'est que quand j'ai commencé à regarder les morts en Italie que j'ai compris que les données chinoises étaient probablement fausses. Un tel décalage était impossible. »

Petit à petit, Sarah relate comment elle est passée d'un état où elle se préparait à une gravité mesurable jusqu'au moment où cette dernière est devenue complètement hors de contrôle. « Dans les recommandations, il est préconisé pour une infection à risque via les gouttelettes de salives de porter des masques FFP2. J'ai pleuré le jour où j'ai compris que nous ne pouvions pas en porter parce qu'il n'y avait plus assez de stock....

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