L'Etat ouvert à l'idée d'aider la SNCF, mais pas tout de suite

Le secrétaire d'Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari à Paris, le 26 février 2020

Paris (AFP) - L'Etat s'est montré dimanche ouvert à l'idée d'une aide éventuelle à la SNCF, tout en jugeant prématuré d'en discuter à ce stade, à travers des déclarations du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin et du secrétaire d'État aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, au lendemain d'un appel en renfort du PDG du groupe ferroviaire.

"Tant que nous n'avons pas une vision extrêmement précise du coût qu'aura porté le coronavirus sur la SNCF, d'ailleurs tant que nous ne connaissons pas non plus la dynamique de reprise, notamment de l'offre TGV, nous n'avons pas une vision suffisamment précise pour rentrer dans ce type de discussion avec la SNCF", a dit M. Djebarri dimanche sur la chaîne France 3.

Mais Gérald Darmanin est ensuite allé plus loin, interrogé dans Forum Radio J, en ouvrant la porte à une aide ultérieure. "L'Etat a toujours été au rendez-vous pour soutenir d'abord des grandes entreprises nationales, c'est le cas d'Air France, et encore plus quand ça lui appartient, comme c'est le cas de la SNCF", a-t-il dit.

"Nous verrons bien (comment évolue la situation) et nous aiderons la SNCF. Après, chacun devra faire des efforts (...) car l'Etat ne peut pas tout compenser à l'euro près pour tout le monde", a-t-il ajouté, en soulignant que "l'Etat aide déjà beaucoup la SNCF puisque que plus de 100.000 agents de la SNCF sont en chômage partiel payé par l'Etat".

Samedi, le PDG du groupe ferroviaire Jean-Pierre Farandou avait évoqué un manque à gagner de déjà deux milliards d'euros pour la SNCF en raison de la crise sanitaire, en raison d'un service minimum, auquel s'ajoute un milliard d'euros de trou lié à la grève des transports en décembre-janvier.

Craignant que la situation financière de la SNCF - qui cumulait une dette de quelque 35 milliards d'euros début 2020 - ne s'aggrave, M. Farandou en a appelé à l'Etat actionnaire: "la notion d'un plan d'aides à la SNCF ne me paraît pas déraisonnable", a-t-il déclaré, en rappelant qu'Air France et Renault en ont bénéficié.

M. Darmanin a estimé que les chiffres sur le manque à gagner avancés par M. Farandou étaient "sans doute déjà circonspects dans leur montant exact" et souligné qu'il y a encore beaucoup d'inconnues quant "à la façon dont les Français vont réagir au déconfinement". Le trou pourrait donc au final être bien plus important. "C'est difficile de prévoir un plan (d'aides) dont on ne connaît pas le montant d'intervention", a-t-il dit.

"J'ai demandé à Jean-Pierre Farandou de produire pour le ministère des Transports une trajectoire financière à jour, nous aurons cette discussion", a indiqué M. Djebarri dimanche, précisant que l'Etat est déjà présent auprès de la SNCF, notamment via la reprise d'une partie de sa dette.

M. Farandou avait prévenu samedi que la question de l'emploi "n'est pas un sujet tabou", évoquant ainsi pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire de possibles suppressions de postes.

Interrogé à ce sujet, M. Darmanin a déclaré que "ce qui est certain (...), c'est que quand l'Etat intervient (...), l'Etat est évidemment attentif au sort de l'emploi." "Tout ce que nous faisons c'est pour éviter évidemment des licenciements".

Le déconfinement, fixé au 11 mai, est un soulagement modeste pour la SNCF, qui va devoir réduire drastiquement ses capacités pour faire respecter les mesures de distanciation.

Si les trains de la vie quotidienne (TER, Transiliens) sont censés voir leur circulation revenir à la normale début juin, avec une montée en cadence tout au long du mois de mai, en revanche peu de TGV circuleront, dans la lignée des consignes gouvernementales limitant les déplacements à plus de 100 km de son domicile.