La Slovénie va-t-elle tourner la page Janša?

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Dimanche, les Slovènes renouvellent leur Parlement après deux années marquées par la dérive droitière et autoritaire du Premier ministre Janez Janša, émule de Viktor Orbán. Une vaste coalition allant du centre à la gauche radicale espère lui faire barrage.

De nos correspondants régionaux,

C'est une Slovénie en pleine dérive autoritaire et très divisée qui s'apprête à voter dimanche. Selon un récent rapport publié par l'ONG américaine Freedom House, la Slovénie serait même le pays, de l'Europe de l'Est à l'Asie centrale, qui a vu le plus la démocratie reculer en 2021. Le Premier ministre Janez Janša et son Parti démocratique slovène (SDS) « ont mis le Parlement sur la touche et exercé une pression politique et financière considérable sur les organisations de la société civile, les médias publics, le pouvoir judiciaire et le Parquet européen », détaille Freedom House.

Figure incontournable de la scène politique slovène depuis l'indépendance en 1991, redevenu Premier ministre en mars 2020, à la faveur d’un renversement d’alliances au Parlement, l’homme fort de la droite slovène est un homme qui clive et qui divise, dans une Slovénie pourtant plutôt portée au consensus et à la modération.

Pour ses nombreux détracteurs, Janez Janša c'est le « maréchal Twitto », ironique surnom qui fait référence à l’ancien chef de la Yougoslavie socialiste. D'après un décompte non officiel, le Premier ministre slovène aurait en effet publié ou republié plus de 120 000 gazouillis, deux fois plus que son modèle américain, Donald Trump, dont le Premier ministre slovène contesta d’ailleurs jusqu’au dernier moment la défaite...

Dans ses innombrables tweets incendiaires, Janez Janša tire à boulets rouges sur tous ceux – journalistes, magistrats ou intellectuels – qui osent dénoncer ses méthodes de mise au pas des médias et des institutions, et qu’il qualifie volontiers de « marionnettes de Soros », le financier libéral américain d'origine hongroise étant l’une de ses bêtes noires.

Sa gestion erratique et autoritaire de la pandémie et du confinement a fait descendre des milliers de Slovènes toutes les semaines dans la rue, gâchant même les fêtes organisées pour les trente ans de la proclamation d’indépendance du petit pays, le 25 juin dernier. « Janez Janša a complètement fracturé le pays », confirme le jeune député Luka Mesec, qui mène la campagne de la coalition de gauche radicale Levica.

« Il s’attache à imposer son pouvoir via une intense propagande, bourrée de fausses informations, qui se diffuse grâce à la nébuleuse de médias sous sa coupe. » En deux ans, Janez Janša a coupé les crédits de l’agence de presse nationale STA, bloqué la nomination de juges et de magistrats qui n’avaient pas l’heur de lui plaire, comme les représentants slovènes au sein du nouveau Parquet européen. Il a aussi mis au pas les principales institutions culturelles du pays.

Pour faire barrage à Janez Janša, Levica a annoncé dès la rentrée 2021 la formation d'une alliance progressiste avec trois autres partis du centre-gauche. Depuis, cette coalition a reçu un renfort majeur : celui de Robert Golob, un libéral de 55 ans venu du monde des affaires. Ancien patron de la compagnie de distribution électrique Gen-I, Robert Golob joue beaucoup des références antifascistes qui marquent la culture de sa région d’origine, frontalière avec l’Italie, pour s’opposer à Janez Janša. Pour celui qui se présente comme un nouvel « homme providentiel » et se dit « un peu de gauche, un peu de droite », le scrutin de dimanche se résume à un « référendum sur la démocratie en Slovénie ».

De son côté, Janez Janša tente de faire valoir son bilan économique plutôt flatteur, avec un taux d'emploi record et un rebond de 8,1% de la croissance en 2021. Mais surtout, il cherche à se placer en chef de guerre, dans une Europe menacée par l'invasion russe de l'Ukraine. Le 15 mars, Janez Janša a été l'un des premiers dirigeants européens à se rendre à Kiev, en compagnie de ses homologues polonais et tchèque, l’occasion d’afficher son soutien à l’Ukraine, et surtout de se mettre en scène. Il n’a pas hésité à publier une vidéo sur TikTok, montrant le président Zelensky et lui-même, il y a trente ans, en treillis, avec ce commentaire : « Les héros ne fuient pas, les héros se battent ».

Janez Janša a en effet été le maître d’œuvre de la Défense territoriale slovène, qui a mené le « petit » conflit de juin 1991 contre l’Armée yougoslave. « Le voyage à Kiev était une belle opération de communication pour se présenter comme un vrai démocrate européen », reconnaît le député Luka Mesec, « Mais le vrai modèle politique de Janez Janša, c’est Vladimir Poutine ! »

Au sein de l’Union européenne, Janez Janša compte sur un allié, le Premier ministre hongrois Viktor Orban : des conseillers hongrois sont très présents dans l’entourage de Janez Janša, qui a son rond de serviette attitré dans toutes les initiatives internationales du Premier ministre hongrois, comme le Sommet de la démographie de Budapest, rendez-vous privilégié de la droite identitaire européenne, dont la dernière édition, en septembre dernier, a aussi attiré Eric Zemmour et Marion Maréchal.

La guerre en Ukraine pourrait néanmoins remettre en cause cette belle amitié. Alors que la Hongrie entend conserver des relations privilégiées avec la Russie et rechigne à appliquer les sanctions européennes, la Slovénie de Janez Janša affiche au contraire une ligne très anti-russe, comparable à celle de la Pologne : le conflit divise en effet le groupe de Visegrad, ce club des pays conservateurs d’Europe centrale.

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