Siya Kolisi ne pouvait pas «rêver mieux» en 2019

Capitaine des Springboks champions du monde de rugby en milieu d’automne, le troisième ligne aile Siya Kolisi a marqué l’histoire avec l’Afrique du Sud. Premier joueur noir portant le brassard à soulever le trophée William Webb Ellis avec son équipe nationale, le natif du township de Zwinde, en banlieue de Port Elizabeth, a vécu une année exceptionnelle. Entretien.

RFI : Siya Kolisi, quelle année 2019 pour vous, tellement riche en émotions…

Je ne pouvais pas rêver mieux ! (Sourire). Il y a eu tellement de joies durant cette année, quelques moments difficiles également, mais la victoire en est encore plus belle. Je pense que je n’aurais pas pu rêver d’une aussi bonne année 2019. Gagner ce titre de champion du monde, c’est un rêve qui est devenu réalité. Même dans mes rêves les plus fous, je me disais que ce serait énorme à atteindre, et on l’a fait! (ndlr: il serre le poing en signe de satisfaction). Il n’y a pas un jour où je ne parle pas de ce titre de champion du monde. Demandez à ma femme ! (ndlr: assise à sa gauche, elle hoche la tête, tout sourire, pour confirmer les propos de son mari). C’est une immense satisfaction, et j’ai l’impression que j’ai soulevé le trophée hier, alors que c’était il y a quasiment deux mois. J’en rêve même encore certains soirs dans mon lit, c’est vous dire comme ça m’a marqué. 

Deux mois après le titre, revenons sur le parcours de votre équipe lors du mondial. Quelle a été la grande force des Springboks au Japon ? Votre équipe a tout de même quelque peu déjoué les pronostics de certains experts…

Notre grande force, c’est notre unité. Nous sommes plus qu’une équipe, nous sommes une famille. On se donnait à fond pour chacun de nos coéquipiers, on ne baissait pas les bras et on se soutenait les uns les autres. Vous savez, entre la préparation et le tournoi, on a passé de longs mois ensemble, et on passe par plusieurs types d’émotions, car on vit de manière proche entre tous les joueurs et le staff. On solidifie des liens, on se livre un peu plus, car on passe tellement de temps ensemble que l’on peut arriver à connaître ses coéquipiers quasiment aussi bien que sa propre femme (sourire). On a fait ça ensemble, on a réussi à atteindre le sacre mondial en étant uni, en jouant comme un seul homme si je puis dire. On ne se lâchait pas après la fin de la rencontre où l'on a gagné le titre, on s’embrassait tous, on a tous pleuré, on aurait dit une équipe d’enfants qui venait de décrocher la lune. C’était juste magique, c’est le plus haut moment de ma carrière jusqu’à maintenant.

Votre êtes également le premier noir à devenir champion du monde dans le rôle de capitaine avec les Springboks. Qu’est ce que cela représente pour vous ?

Je vois cela comme un signe fort, mais je ne suis qu’un coéquipier qui essaye de faire briller son équipe nationale et qui joue pour l’équipe. La symbolique est importante, et j’ai été tellement ému de gagner le mondial à cette position, mais je pense de manière collective. C’est clair que mon rôle en équipe nationale pourrait inspirer d’autres jeunes et des gamins des townships, et je pense surtout à l’impact positif à travers le pays que notre victoire a créé. Je veux juste être un exemple et montrer à tous que l’on peut être une nation unie et que les talents viennent de toutes origines ethniques. La symbolique est forte, mon image en train de soulever le trophée a fait le tour du monde, mais je pense surtout à l’impact positif et aux actions pour la jeunesse à venir. Il y a des millions de Siya Kolisi dans le pays, on doit les aider comme on m’a aidé à m’en sortir avec le sport.

Vous êtes dorénavant un symbole, un exemple pour vos compatriotes et pour les jeunes des townships à travers la nation arc-en-ciel. On vous entend parler souvent de l’importance d’avoir des exemples, des « roles models » pour la jeunesse défavorisée du pays. Comment vous sentez-vous dans la peau de la star sud-africaine du moment?

Je me sens bien dans ce rôle, mais ça n’a pas toujours été facile à gérer. C’est difficile de devenir capitaine d’une équipe aussi forte que l’Afrique du Sud, et il faut savoir tenir le cap quelles que soient les circonstances. Je suis très heureux d’être un exemple, un rôle modèle pour les jeunes de mon pays, quel que soit leur statut social ou leur origine ethnique. Je veux montrer, et continuer à montrer que nous sommes un peuple fort, que moi, le gamin du township de Zwinde, je peux arriver à faire de belles choses et que les jeunes peuvent faire autant, voire mieux que moi. Je veux aussi m’impliquer de plus en plus dans les projets sociaux avec ce nouveau statut. Je suis un passionné de mon sport, mais je m’en sers aussi pour aider les autres. Par le rugby, mais aussi par d’autres sports tout en mettant l’éducation et la santé au-dessus de tout. L’engouement autour du rugby et de notre titre est énorme au pays, et si cela peut aider la jeunesse sud-africaine à prendre confiance en elle et croire en ses rêves, et bien je serais l’homme le plus heureux du monde.

Que peut-on vous souhaiter pour cette nouvelle année ?

Je veux devenir le meilleur joueur du monde et revenir dans quatre ans pour conserver notre titre mondial. Je veux prendre une nouvelle dimension sur et hors du terrain. Je veux continuer à être un bon ambassadeur de mon sport et de mon pays, je veux continuer à travailler dur pour que les miens continuent de me voir comme un exemple et s’inspirant de mon parcours. Je veux continuer à montrer que tout est possible, que rien n’est acquis, qu’avec le travail et beaucoup de patience, on peut arriver à faire de superbes choses dans la vie.