Le site de Yongbyon, joyau du programme nucléaire nord-coréen

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Pyongyang semble avoir remis en marche le réacteur nucléaire de son site de Yongbyon, d’après le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie atomique publié vendredi. Un site qui a une importance symbolique et stratégique très forte pour Kim Jong-un.

Inquiétude sur le front nucléaire nord-coréen. Pyongyang aurait redémarré, depuis début juillet, le réacteur nucléaire du site de Yongbyon, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale, ont constaté les experts de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), dans un rapport publié vendredi 27 août. "il y a des signes compatibles avec le fonctionnement du réacteur, dont le déversement d'eau de refroidissement", précisent les experts de l'organisation qui dépend de l'ONU.

En parallèle, un laboratoire radiochimique adjacent aurait recommencé à séparer le plutonium du combustible usagé provenant du réacteur, indiquent les images satellites analysées par l’AIEA. C’est ce matériau qui est, ensuite, utilisé par les ingénieurs du programme militaire nord-coréen pour développer l’arsenal nucléaire, précise le Wall Street Journal.

Yongbyon, le seul site nucléaire “officiel” nord-coréen

Deux indices d’un retour très officiel sur le devant de la scène nucléaire de Kim Jong-un “qui sont très troublants et en violation des résolutions du conseil de sécurité de l’ONU”, a regretté l’AIEA dans son rapport annuel sur la Corée du Nord.

Un redémarrage de l’activité à Yongbyon - officiellement à l’arrêt depuis décembre 2018 - est, en effet, loin d’être anodin. “Yongbyon est un site majeur pour le programme nucléaire nord-coréen. Il abrite, entre autres, un réacteur qui permet de produire du plutonium de qualité militaire qui peut ensuite être utilisé pour produire des armes nucléaires. Sur le même site, le pays produit aussi de l'uranium hautement enrichi, avec la même finalité”, explique Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée du Nord à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), contacté par France 24.

C’est surtout, le seul complexe nucléaire dont “le régime a officiellement reconnu l’existence et, de ce fait, il est le joyau de la couronne nucléaire nord-coréen”, précise Ramon Pacheco Pardo, spécialiste des questions de sécurité dans la péninsule coréenne au King’s College de Londres, contacté par France 24.

Au sein de ce site, dont la construction à débuté dans les années 1960, c’est le réacteur nucléaire d’une capacité de cinq megawatts qui a fait la renommée internationale de Yongbyon. Il a été construit en 1986 sur le modèle de la centrale nucléaire britannique de Calder Hall dont les Nord-Coréens s’étaient illégalement procurés les plans, rappelle la BBC.

C’est ce réacteur qui a permis à la Corée du Nord de produire la plupart de son plutonium de qualité militaire pour ses armes, telles que les missiles balistiques. “Même s’il est devenu un peu vieillissant et que Pyongyang dispose très certainement d’autres sites secrets où ils peuvent faire la même chose, le réacteur de Yongbyon a toujours continué à être mis à contribution pour fournir de la matière fissile”, souligne Marco Milani, spécialiste de la Corée du Nord à l’université de Bologne, contacté par France 24.

Signe de l’impatience de Kim Jong-un

C’est ce statut de très vénérable et officielle pièce centrale du programme nucléaire nord-coréen qui fait de Yongbyon le site nucléaire le plus observé au monde par les satellites espions de tous les pays occidentaux. D’où un autre intérêt de ce complexe pour Kim Jong-un : celui de servir d’arme diplomatique, car “tout arrêt ou reprise d’activité est immédiatement observable”, souligne Antoine Bondaz.

Depuis le début des années 2000, son arrêt voire son démantèlement éventuel sont au cœur de toutes les négociations internationales sur le programme nucléaire nord-coréen. En 2008, la tour de refroidissement du réacteur avait été détruite en parallèle aux négociations entre Washington et Pyongyang.

Dix ans plus tard, le dirigeant nord-coréen avait accepté d’arrêter le réacteur pour montrer à l’ex-président américain Donald Trump “qu’il était prêt à emprunter le chemin diplomatique plutôt qu’utiliser la manière forte”, rappelle Ramon Pacheco Pardo.

Mais “une suspension ou un arrêt des activités, comme en 2018, à Yongbyon, ne signifie pas un gel du programme nucléaire. Le pays peut continuer à construire des armes nucléaires avec le stock de matière fissile existant ou en fabriquer ailleurs”, rappelle Antoine Bondaz.

C’est pourquoi le redémarrage du réacteur est “avant tout un signal envoyé aux autres pays pour dire que Kim Jong-un n’est pas content”, résume le chercheur du King’s College de Londres. Le leader nord-coréen veut surtout faire comprendre au président américain et à celui de Corée du Sud, qu’il commence à perdre patience.

Il n’y a plus aucune négociation avec Séoul depuis près de trois ans, et les ponts semblent rompus avec les États-Unis depuis l’échec du sommet d’Hanoi de 2019. Kim Jong-un espère qu’une provocation nucléaire permettra de remonter la Corée du Nord dans la liste des priorités américaines.

Mais le dictateur nord-coréen ne veut pas non plus taper trop fort sur la table. Le redémarrage de Yongbyon constitue un premier pas dans l’escalade des provocations possibles. “C’est bien plus une invitation à négocier qu’autre chose, et si la Corée du Nord avait voulu entrer dans une logique de confrontation ne laissant que très peu d’espace à la discussion, le régime aurait mené son septième test nucléaire ou aurait lancé un nouveau missile balistique”, estime Marco Milani, de l’université de Bologne.

Des démonstrations de force qui pourraient intervenir si l’administration Biden continue à snober le dirigeant nord-coréen, alors même que le président américain a déclaré à plusieurs reprises être favorable aux négociations avec la Corée du Nord.

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