Singapour reporte l'exécution d'un homme handicapé mental condamné pour trafic de drogue

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Singapour reporte l'exécution d'un homme handicapé, testé positif au Covid-19. - Mohd RASFAN - AFP
Singapour reporte l'exécution d'un homme handicapé, testé positif au Covid-19. - Mohd RASFAN - AFP

Il devait être exécuté, sa condamnation a finalement été reportée. Voici l'annonce du tribunal de Singapour, ce mardi. Un Malaisien handicapé mental condamné à mort pour trafic de drogue et donc l'exécution devait être imminente a finalement obtenu un report, après l'annulation d'une audience pour un appel. La raison de cette annulation: sa contamination au Covid-19.

"Nous devons prononcer un report de l'exécution", a déclaré le juge Andrew Phang Boon Leong de la cour d'appel à la veille de la date prévue pour l'exécution par pendaison, sans préciser la durée du report.

Nagaenthran K. Dharmalingam, 33 ans, avait été arrêté en 2009 pour avoir transporté 43 grammes d'héroïne, l'équivalent de trois cuillères à soupe, à Singapour où il avait été condamné à mort l'année suivante. La Haute cour du pays d'Asie du Sud-Est avait accepté lundi de suspendre son exécution en attendant le résultat d'un appel de dernière minute de ses avocats, qui estiment que sa pendaison serait inconstitutionnelle.

Les droits humains en question

L'audience de l'appel avait été programmée dès mardi, la veille de l'exécution, mais elle a due être annulée après que le Malaisien a été testé positif au Covid-19, a annoncé le juge. Il a justifié le report par la "logique, le bon sens et l'humanité".

"C'est une sorte de miracle", a réagi la soeur du condamné Sarmila à l'AFP depuis la ville malaisienne d'Ipoh. "Nous sommes heureux, assez soulagés". Mais cette dernière dit craindre que ce répit soit de courte durée. Quant à l'avocat du condamné, il s'est dit "heureusement surpris que cet homme, à cause du Covid, ne puisse être exécuté".

D'après les soutiens du Malaisien, celui-ci a un QI de 69, un niveau correspondant à un handicap mental, et souffrait d'une addiction à l'alcool au moment du crime. Un groupe d'experts des droits humains des Nations unies a rejoint le concert de protestation lundi en soulignant que les personnes souffrant de handicaps mentaux ne devaient pas être exécutées.

"Avoir recours à ce type de peine pour lutter contre le trafic de drogue n'est pas seulement illégal au vu du droit international, mais aussi inefficace", ont-ils souligné.

Près de 70.000 signatures

L'Union européenne a appelé la cité-Etat à commuer la sentence en une peine d'emprisonnement, tandis que le Premier ministre malaisien Ismail Sabri Yaakob a écrit à son homologue singapourien pour lui demander de repousser l'exécution "pour des raisons humanitaires". Des ONG, comme Amnesty International et Human Rights Watch, ont qualifié la condamnation à mort de "cruelle" et "ignoble" et une pétition en ligne contre l'exécution a rassemblé près de 70.000 signatures.

Si la pendaison est confirmée, cela sera la première exécution depuis 2019 dans le pays qui considère que la peine capitale est utile pour dissuader les criminels, malgré les pressions croissantes des défenseurs des droits en faveur de son abolition.

Ses soutiens soulignent que ses capacités mentales ne lui permettaient pas de comprendre les conséquences de ses décisions et considèrent qu'il a été contraint à commettre ce crime. Le ministère de l'Intérieur singapourien a estimé néanmoins que lors de son procès, Nagaenthran K. Dharmalingam n'avait pas fait l'objet d'un diagnostic d'"anomalie mentale" et "savait ce qu'il faisait".

Aucune indication n'a été donnée dans l'immédiat sur la date à laquelle l'appel pourrait être examiné.

Article original publié sur BFMTV.com

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