Singapour: le militant Jolovan Wham condamné pour une manifestation non-déclarée

·3 min de lecture

Il s'agit d'une voix qui dénonce régulièrement le manque de liberté d'expression à Singapour, de manière parfois insolite. Le militant Jolovan Wham a été condamné, ce lundi 15 février, à trois semaines de prison pour avoir commémoré l'arrestation de 22 personnes considérées comme communistes. Ce genre de jugement n’est pas inhabituel pour Singapour.

Il a plaidé coupable, mais il assure ne pas regretter ses actes. Jolovan Wham a été condamné ce lundi 15 février pour manifestation non-déclarée. Les faits remontent à juin 2017. Cet assistant social de profession avait alors pris en photo dans le métro une petite dizaine de personnes avec les yeux bandés et tous le même livre consacré à l’arrestation de 22 individus considérées comme communistes en 1987 entre les mains.

L’affichage de deux feuilles de papier A4 dans la rame, qui ont ensuite rapidement été enlevées, assure Jolovan Wham, lui ont également valu une condamnation pour « vandalisme ».

Un mois plus tard, avec une quinzaine de militants, Jolovan Wham a allumé des bougies devant la prison où un condamné à mort malaisien allait être exécuté pour avoir tenté de faire passer 22 grammes d’héroïne à travers la frontière entre son pays et Singapour.

Sur son compte Instagram, Jolovan Wham se défendait la semaine dernière de cette action ainsi : « Quoi que l’on pense de la toxicomanie à Singapour, le fait d'enlever la vie à quelqu'un sans aucune compassion ou droit à une seconde chance devrait perturber notre conscience et nous empêcher de dormir la nuit. La peine de mort est d'autant plus injuste que ses victimes sont souvent originaires de minorités raciales pauvres et en difficulté, que la société ignore souvent. Si l’État veut tuer, je refuse d’accepter que cela soit fait en mon nom ».

« Un récidiviste »

Le juge a, ce lundi, rappelé que Jolovan Wham était un « récidiviste ». En 2016, l’organisation d’un rassemblement en soutien au mouvement pro-démocratie à Hong Kong, où le jeune militant Joshua Wong s’était exprimé via Skype, lui avait déjà valu dix jours de prison.

Et une autre affaire l’attendra en sortant de détention : pour s’être pris en photo avec une pancarte où il avait dessiné un visage souriant devant un commissariat où des militants écologistes auraient été interrogés en novembre 2020, l’homme de 40 ans est une fois encore accusé de manifestation non-déclarée.

Si sa photo devant le commissariat avait fait le tour des réseaux sociaux mondiaux, une autre condamnation a également défrayé à la chronique à Singapour l’année dernière : le neveu du Premier ministre actuel et petit-fils du père fondateur de l’État a été condamné à payer 9 200 euros d'amende pour outrage après un post Facebook privé où il critiquait le gouvernement singapourien.

Manque de liberté d’expression

Si Singapour fait partie des pays en tête de classement lorsque l’on regarde la richesse par habitant, ce petit État d’Asie du Sud-Est est aussi régulièrement critiqué pour son manque de liberté d’expression. Dans le classement de Reporters sans frontières (RSF), il est à la 158e place, entre le Kazakhstan et le Soudan.

Concernant la nouvelle condamnation de Jolovan Wham, Phil Robertson, directeur Asie de Human Rights Watch (HRW), a, ce lundi, déclaré : « L'absurdité des poursuites engagées par Singapour contre Jolovan Wham devient évidente lorsqu'elles qualifient de "vandalisme" le fait de coller des morceaux de papier A4 avec du scotch. La réalité est que Singapour mène une campagne arbitraire, discriminatoire et vindicative contre Jolovan qui ressemble à ce que l'on voit souvent dans les États autoritaires à parti unique comme le Laos ou le Vietnam. La seule différence est la fausse sophistication avec laquelle les procureurs de Singapour habillent leurs poursuites à motivation politique contre un individu qui ose exercer ses droits civils et politiques ».