Singapour: un Malaisien handicapé mental exécuté après treize années de détention

Ce Malaisien avait été arrêté à la frontière des deux pays en 2008, alors âgé de vingt ans, il avait sur lui 43 grammes de drogue. Si cette condamnation à mort n’a rien d’inhabituel à Singapour, elle émeut pourtant, notamment au vu de la santé de cet homme qui était handicapé mental.

Avec notre correspondante à Kuala Lumpur, Gabrielle Maréchaux

Mercredi 27 avril, le jour n’était pas encore levé lorsque Nagenthram Dharmalingam a quitté la cellule individuelle, où il est resté 23 heures par jour depuis plus de dix ans, pour être pendu.

Une exécution qui avait, il y a quelques mois, été reprogrammée après un test positif au Covid-19 du condamné. « C’est une des choses qui a alors choqué beaucoup de monde : l’idée qu’il fallait qu’il soit en bonne santé pour que le gouvernement l’exécute. C’était un peu dire : "vous ne pouvez pas être malade ou même mourir du Covid-19, c’est nous qui devons vous tuer "», estime Kirsten Han, de l’organisation des rassemblements de soutien à Nagaenthran à Singapour.

Mais si le Covid-19 a pu inquiéter les autorités de Singapour, la santé mentale de Nagaenthran est, elle, restée un sujet délaissé, note Kirsten Han. « Une expertise a jugé l'homme déficient mental, mais la justice singapourienne l'estime malgré tout responsable de ses actes. Il y a eu une demande faite par sa défense pour qu'une expertise psychiatrique indépendante et détaillée ait lieu; ça a été refusé », rappelle l’activiste.

Des peines qui ne résolvent pas le problème de fond

En Malaisie, les avocats de Nagaenthran et des militants anti-peine de mort ont eux dénoncé cette exécution devant l’ambassade de Singapour, avec des airs amers de déjà-vu. Maître Zaid Malek, du groupe Lawyers for Liberty, a travaillé sur de nombreux cas de condamnés à mort malaisiens pour trafic de drogue à Singapour. Ils ont tous un point commun : « Ce sont toujours des mules, jamais des barons de la drogue. Donc, en plus d’être cruelles, ces condamnations ne résolvent même pas le problème de fond, elles ignorent tout contexte socio-économique et même, dans le cas de Nagaenthran, son handicap. »

Ce vendredi, Datchinamurthy Kataiah, un autre Malaisien sera, lui aussi, pendu pour avoir transporté trois cuillères à soupe de drogue.

Après deux ans de pandémie et de sursis pour les condamnés à mort, le « retour à la normale » rime ainsi avec peine capitale à Singapour. Mais aussi avec un sursaut dans l’opinion publique, à l’image des rassemblements de plusieurs centaines de personnes, très inhabituels dans ce petit État d’Asie du Sud Est.

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Un soutien moins important pour la peine de mort

« Cela m’a donné pas mal d’espoir, explique Kirsten Han. C’est très dur d’avoir une idée de l’opinion publique sur la peine de mort à Singapour, ce n’est pas un sujet de débat public ici, si vous ne lisez que les grands titres de la presse singapourienne vous pouvez clairement ignorer qu’il y a deux pendaisons cette semaine. Donc les gens qui se sont réunis en soutien à Nagaenthran ont surtout été informés par bouche-à-oreille. On assure souvent qu’une majorité de Singapouriens soutient la peine de mort, mais c’est très difficile de savoir ce que cette majorité soutient exactement, ce qu’ils savent de la peine de mort. »

Selon l’activiste, une enquête d’opinion assez ambitieuse a été menée il y a quelques années par des universitaires sur cette question et leur travail montre que oui, une majorité de Singapouriens soutiennent la peine de mort de manière globale, mais quand on leur donne plus de détails, ce soutien n’est plus aussi fort, et une majorité des sondés n’est par exemple plus favorable à la peine de mort obligatoire pour des délits liés à la drogue.

« C’est assez intéressant, car c’est justement pour ce délit que la plupart des condamnés à mort sont exécutés à Singapour », précise Kirsten Han.

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