Singapour exécute deux petits trafiquants de drogue

AFP - ROSLAN RAHMAN

À Singapour, deux hommes ont été pendus jeudi 7 juillet au matin. Le Malaisien Kalwant Singh et le Singapourien Norashee Bin Gous avaient été arrêtés il y a neuf ans, puis condamnés pour avoir trafiqué 120 gr et 60 gr d'héroïne. Singapour reste un des rares pays au monde à pouvoir exécuter un homme dès 15 grammes de drogue. Et dans le couloir de la mort, ce sont surtout les derniers maillons du trafic de drogue que l'on retrouve.

Avec notre correspondante à Kuala Lumpur,

C’est devenu un rituel à Kuala Lumpur : avant chaque pendaison d'un Malaisien à Singapour, les militants anti-peine de mort organisent une veillée à la bougie. Ils y répètent chaque fois la même chose, tant les profils des condamnés se ressemblent : venant de milieux précaires, souvent endettés, arrêtés pour quelques grammes de drogues. Après Nagaenthran Dharmalingam, un Malaisien pendu en mars dernier pour trois cuillères à soupe d’héroïne, voici venu le tour de Kalwant Singh, Malaisien arrêté avec 60 grammes de diamorphine sur lui. Pour Dobby Chew, du réseau asiatique anti-peine de mort, l’histoire bégaie : « Ces personnes ne sont pas celles que Singapour dit condamner, ce ne sont pas des barons de la drogue, mais des mules. Donc, quel est le véritable but de la peine de mort à Singapour ? Tuer des gens ou bien endiguer le trafic de drogue ? »

Si les condamnations de ces derniers maillons du trafic de drogue se succèdent, la pression sur ceux qui tâchent d’aider les condamnés à mort de Singapour, elle, augmente, alerte Dobby Chew, en rappelant que le dernier avocat à avoir défendu un condamné à mort en appel a été puni d’une amende de 14 000 euros pour obstruction à la justice, en mai 2022. Un levier répressif malheureusement efficace, regrette-t-il. « Pour un avocat qui débute,14 000 euros, c’est beaucoup d’argent. Et si vous êtes un avocat plus expérimenté, êtes-vous prêt à risquer votre réputation auprès de l’ordre des avocats quand vous serez condamné vous-même pour avoir, en plus, perdu un procès ? », dit-il.

Coopération avec la police

Kalwant Singh, pendu à l’aube ce jeudi 7 juillet, s’est ainsi défendu lui-même à sa dernière audience, faute de pouvoir trouver ou payer un avocat. Son cas, pourtant, interpellait bon nombre d’observateurs, Dobby Chew le premier. Il rappelle une particularité de la peine de mort à Singapour : « En 2013, la loi a un peu changé, en autorisant désormais une peine alternative à la condamnation à mort, développe-t-il. Si vous êtes arrêté avec de la drogue, mais que vous ne la consommez pas vous-même, ni ne la vendez, vous pouvez obtenir une peine de prison à vie et des coups de canne, à la condition d’aider la police », rappelle le militant.

C’est ce que Kalwant a fait en détention en appelant la personne qui lui avait confié la drogue pour organiser un rendez-vous avec lui, afin que la police puisse alors l’identifier et l’arrêter, selon lui. « Mais à l’heure du rendez-vous, la police n’a vu personne et a donc accusé Kalwant d’avoir sabordé l’opération. Leur argument était de dire que le coup de fil avait eu lieu en tamoul, la langue dans laquelle Kalwant avait l’habitude de communiquer avec cet homme et que comme aucun des policiers ne parlaient tamoul, Kalwant avait dû le prévenir. C’est préoccupant, car c’est étonnant qu’il n’y ait eu personne assistant la police parlant tamoul, parce qu'il y a une communauté tamoule dans la population singapourienne et sûrement des policiers parlant cette langue ; ensuite, car à ma connaissance, le coup de fil n’a pas été enregistré pour ensuite vérifier ce qui avait été dit. Et enfin, car Kalwant a collaboré et je ne pense pas que ce n’était pas son pouvoir de garantir que son interlocuteur viendrait à coup sûr », estime M. Chew.

Exécuté après neuf ans de détention, Kalwant laisse derrière lui une famille qui a tout tenté pour l’aider, notamment sur le plan financier. « Mon grand-père a repoussé toutes les limites pour aider son fils. Il n’a jamais arrêté de travailler, même un seul jour, même quand il était malade. Et à sa mort, le compteur kilométrique de son taxi indiquait 820 000 kilomètres. Tous ces kilomètres, c’était pour aider Kalwant en rassemblant le plus d’argent possible, et aussi pour aller le voir, dès qu’il le pouvait, en habitant à plus de 500 kilomètres de sa prison », rappelle la nièce de Kalwant, Kellvina. Des visites au cours desquelles père et fils n’auront jamais pu se prendre dans leur bras, car il est interdit aux familles et aux condamnés à mort de se toucher, pour des raisons de sécurité, assure Singapour.

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