Et s'il y avait de la vie extraterrestre sur Encelade, la lune de Saturne ?

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Le méthane détecté par la sonde Cassini sur Encelade pourrait être le signe d'une vie extraterrestre selon une étude publiée en juin. D'autres explications sont possibles.

ESPACE - À 1,272 milliard kilomètres de la Terre réside Encelade... et peut-être une vie extraterrestre. Cette lune de Saturne est recouverte d’une pellicule de glace d’eau très pure. Enveloppée dans sa coquille gelée, elle scintille singulièrement dans le ciel et est facilement observable depuis la Terre. 

Voilà qui explique sa découverte dès 1789. Mais aujourd’hui, plus de deux siècles plus tard, la question est tout autre. Et si Encelade abritait de la vie? La nouvelle étude du chercheur Régis Ferrière et de son équipe, publiée le mois dernier dans la revue Nature Astronomy, émet la possibilité d’une vie sous-marine sur Encelade.

Il faut dire que cette lune est une postulante de choix pour héberger la vie dans notre système solaire. Car sous son continent de glace, Encelade dissimule un océan géant d’eau liquide, un élément que l’on associe bien souvent au vivant. 

En 2005, la sonde Cassini de la Nasa survolait ce satellite naturel de Saturne et révélait d’immenses panaches à sa surface. Des geysers issus de l’océan qui se cache sous la glace, projetant des particules de glace d’eau vers le vide spatial.

Des jets d'eau s'échappent de la surface de la lune de Saturne Encelade. (Photo: MARK GARLICK/SPL via Getty Images)
Des jets d'eau s'échappent de la surface de la lune de Saturne Encelade. (Photo: MARK GARLICK/SPL via Getty Images)

Origine inconnue du méthane

La mission Cassini a multiplié les vols autour d’Encelade jusqu’en 2017 pour révéler le cœur de ces geysers. Au fond des panaches, la sonde a mesuré des concentrations élevées de dihydrogène (H2) ou bien de dioxyde de carbone (CO2), mais aussi beaucoup de méthane (CH4). Énormément même, dans des quantités que nous n’expliquons toujours pas. En s’appuyant sur des modèles mathématiques, les auteurs de l’étude ont analysé les données de Cassini pour trouver les processus possibles et justifier la présence de méthane dans les geysers d’Encelade. Ils sont arrivés au résultat suivant: même l’estimation la plus élevée possible de la production de méthane abiotique — soit sans implication du vivant— basée sur la chimie hydrothermale connue est loin d’être suffisante pour expliquer la concentration de méthane mesuré dans les panaches.Cette étude détermine donc que l’abondance de méthane détecté n’est pas le résultat de processus géochimiques abiotiques connus, laissant la porte de l’origine biologique ouverte. 

Illustration d'un geyser en éruption à la surface d'Encelade. Saturne apparaît à l'horizon en raison de la proximité du pôle d'Encelade. (Photo: Stocktrek Images via Getty Images)
Illustration d'un geyser en éruption à la surface d'Encelade. Saturne apparaît à l'horizon en raison de la proximité du pôle d'Encelade. (Photo: Stocktrek Images via Getty Images)

Le signe possible d’une vie extraterrestre

Face à l’inconnu, les astrobiologistes ont donc cherché à rapporter cette découverte à des modèles existants sur Terre. Et la présence de dihydrogène et de dioxyde de carbone couplés à du méthane dans les geysers fait grandement écho à l’activité hydrothermale de notre planète.Le co-auteur principal de l’étude, Régis Ferrière, a déclaré dans un communiqué que son équipe et lui se sont “demandé si des microbes comme ceux que nous avons sur Terre, qui ‘mangent’ le dihydrogène et produisent du méthane, pourraient expliquer la quantité étonnamment importante de méthane détectée par Cassini.

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Lorsque de l’eau de mer froide s’infiltre au travers des fissures et des pores de la roche sous-jacente, jusqu’à passer à proximité d’une source de chaleur, l’eau se réchauffe et devient plus légère. Elle remonte alors vers le plancher océanique par des bouches hydrothermales.

Ce processus est créateur de méthane grâce à des micro-organismes, des êtres vivants donc. Dans un procédé appelé méthanogenèse, ils utilisent le dihydrogène comme source d’énergie pour transformer le dioxyde de carbone en méthane. Et pour Ferrier, “la méthanogenèse biologique semble être compatible avec les données” provenant d’Encelade.

Schéma d'une coupe transversale de dorsale rapide: le cycle de l'eau donne naissance aux sources hydrothermales. Ces sources d'eaux chaudes abritent une vie extraordinaire composée d'organismes adaptés à l'absence de lumière et d'oxygène. (Photo: Ifremer)
Schéma d'une coupe transversale de dorsale rapide: le cycle de l'eau donne naissance aux sources hydrothermales. Ces sources d'eaux chaudes abritent une vie extraordinaire composée d'organismes adaptés à l'absence de lumière et d'oxygène. (Photo: Ifremer)

Tout ce méthane est-il produit par une vie extraterrestre, ou peut-il être formé par des processus chimiques encore inconnus? “Nous ne concluons pas que la vie existe dans l’océan d’Encelade, souligne Régis Ferrière. Nous voulions seulement comprendre à quel point il serait probable que les cheminées hydrothermales d’Encelade puissent être habitables par des micro-organismes semblables à ceux que l’on trouve sur Terre. Très probablement, nous disent les données de Cassini”. 

Dans l’état actuel de nos connaissances, il est donc impossible d’exclure que ce méthane ait été produit par des micro-organismes.

Mais selon l’astrobiologiste de l’université de l’Arizona, “la recherche de tels microbes, connus sous le nom de méthanogènes, au niveau du plancher océanique d’Encelade nécessiterait des missions de plongée profonde extrêmement complexes, qu’on ne verra pas avant plusieurs décennies.”

Une nouvelle mission vers la lune glacée de Saturne est d’ailleurs encore en phase de conception par la Nasa. “Encelade Life Finder” prévoit d’envoyer une deuxième sonde spatiale en orbite autour d’Encelade. Elle a été proposée en 2017 sans être retenue, mais ces dernières découvertes pourraient relancer l’idée du voyage. 

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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