Sievierodonetsk, une semaine après la chute

© RFI/Anissa El Jabri

Il y a une semaine, Sievierodonetsk, à l'est de l'Ukraine, dans le Donbass, était entièrement prise par les forces russes et pro-russes. L'usine Azot a longtemps résisté mais les combattants sont partis ou se sont rendus bien avant de gros dégâts. La ville est désormais quasiment vidée de ses habitants. RFI s'y est rendue accompagnée par les forces tchétchènes pro-russes.

De notre envoyée spéciale à Sievierodonetsk,

Dans les bureaux de l'usine Azot, des rames de papier, un classeur abandonné sur une fenêtre, une table et des chaises renversées. Les fragments d'une fin précipitée. Dans les anciens ateliers, une odeur qui prend les narines, un mélange de fumée persistante, de cendre et d’huile déversée au sol. Surgit dans une embrasure la silhouette d'un tank calciné jusqu'à l'armature. Les vitres des bâtiments sont souvent soufflées ou cassées. On trouve encore au sol des mines antichars mêlées aux poutres tordues, éparpillées sur une pelouse mangée par des cratères noirs ou sur le bitume des allées qui commence à être grignoté par des chardons.

Abîmée par les combats, l'usine chimique Azot n'a pourtant pas connu le sort d'Azvostal, aplatie et totalement détruite à Marioupol : il reste des bâtiments debout, des portes cadenassées, des cuves intactes, d'énormes tuyaux encore empaquetés et protégés. Et, absurdes dans ce site industriel désert, des panneaux de signalisation. Ils préviennent d'une circulation intense de camions ou d'une priorité à respecter.

Un drapeau rouge et un drapeau russe encadrent désormais le nom de la ville

À l'extérieur de l'enceinte de l'usine, Sievierodonetsk est presque entièrement vidée de ses habitants. Une semaine que la ville a changé de mains : à l'entrée, les grandes lettres capitales « Sievierodonetsk » sont encore peintes en bleu et jaune, mais elles sont encadrées d'un drapeau rouge et d'un drapeau russe.

Cet habitant qu'on croise à vélo dans les rues où l'on entend surtout le cri des corbeaux n'a pas répondu aux appels répétés du gouverneur ukrainien de la région Serhiy Haidai à évacuer au plus vite. Désormais, sa ville va rejoindre la capitale de la république autoproclamée déjà dirigée par les forces séparatistes pro-russes. « Oui, je regrette d'être resté, concède-t-il. Je connais quelques personnes qui sont mortes. Elles ont essuyé des tirs d'artillerie. »

Un regret certes pour cet ancien ouvrier de l'usine Azot, mais un choix assumé d'attendre l'arrivée des forces russes et pro-russes. « Je suis resté chez moi et c'était mon choix. Dès le début, explique-t-il. Au fond, je n'ai jamais souhaité changer d’avis et puis, après tout, on a survécu. Ma mère vivait avec moi, j'avais plus peur pour elle. Maintenant tout va bien, c'est bien. Je pense que tout ira bien. J'ai des connaissances qui sont parties pour l'Ukraine mais je ne communique pas avec elles. Je ne garde pas le contact. »

Lui attend des nouveaux dirigeants, la reconstruction, un emploi dans cette ville désertée et où on vit aujourd'hui soit dans des caves, soit sous des tentes.

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