Shakespeare entre grèves et mangrove

Libération.fr

Au bord du fleuve Maroni, en Guyane, de jeunes comédiens mènent chaque jour un parcours du combattant pour rejoindre l’école de théâtre Kokolampoe. Sur fond de conflit social, «Libération» les a suivis pendant la préparation de leur festival. Carnet de bord.

Au crépuscule, les hannetons attaquent tandis que les treize comédiens de la Nuit des rois de Shakespeare entament un «filage» de la pièce. La metteure en scène Delphine Cottu, ancienne du Théâtre du Soleil, prévient les acteurs, en pleines répétitions : «Quoi qu’il arrive, je ne vous interromprai pas. Le spectacle est à vous maintenant.» Il prend corps sous un ciel étoilé, sur un plateau immense, délimité par deux coursives. Au loin, la silhouette d’un ancien lavoir en pierre. Devant, un haut mur d’où dépassent les feuillages de la mangrove. Si on brisait le mur sombre, on verrait apparaître le fleuve Maroni, son ballet de pirogues et les lumières d’Albina, ville frontière du Suriname. Où sommes-nous ? «Au bagne», comme on dit communément. C’est-à-dire dans le camp de transportation de Saint-Laurent-du-Maroni, l’ancienne commune pénitentiaire guyanaise, construite sous forme de quadrillage géométrique par ceux-là mêmes qui étaient emprisonnés. Le bagne : un camp de la mort quand, à la fin du XIXe siècle, 80 % des détenus mouraient au bout de trois ans.

J-4, langues et fourmis

Où sommes-nous ? Au théâtre, évidemment. Devant Olivia, la plus belle femme du royaume de l’Illyrie (incarnée par la très jeune Rachelle Kodjo) et l’on frémit lorsqu’elle prononce ce qui la terrasse : «Mon amour ne peut ni abjurer ni déserter.» Pas d’ajout de décor, pas d’artifice autre que la création de lumières, et cependant, l’ancien espace carcéral palpite d’une nouvelle histoire.

Les murs sont des palimpsestes et l’inverse de l’oubli. «En jouant ici, je pense à mes ancêtres, songe Rachelle Kodjo. Il y en a au moins trois qui ont été prisonniers. Ça me faisait étrange au début.» Depuis 2012, le centre pénitentiaire abrite la plus (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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