Le sexisme sur les réseaux sociaux mis en évidence dans un rapport choc du Haut conseil à l’Égalité

Un rapport du HCE tire la sonnette d’alarme sur le sexisme en ligne sur les réseaux sociaux, mais aussi dans le secteur professionnel du numérique.

Les réseaux sociaux participent au triple processus d’invisibilisation des femmes, de reproduction des stéréotypes de genre et de diffusion de la violence symbolique et physique envers les femmes.
Kilito Chan / Getty Images Les réseaux sociaux participent au triple processus d’invisibilisation des femmes, de reproduction des stéréotypes de genre et de diffusion de la violence symbolique et physique envers les femmes.

SEXISME - En ligne, le sexisme perdure. Le monde numérique n’est pas seulement « le reflet des inégalités et du sexisme ». Il en est aussi un « moteur accélérant et amplifiant les biais ». Ce sont les conclusions d’un rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes intitulés « La Femme Invisible dans le numérique : le cercle vicieux du sexisme », remis ce mardi 7 novembre au gouvernement.

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Il alerte sur la « sous-représentation » des femmes, que ce soit dans les contenus diffusés ou les métiers exercés. Elles sont « invisibilisées, caricaturées ou agressées dans le premier cas, insuffisamment formées ou recrutées dans l’autre », selon le communiqué de presse du HCE.

YouTube, TikTok et Instagram pointées du doigt

Les membres du HCE ont analysé les 100 contenus les plus vus sur YouTube, TikTok et Instagram. Selon le rapport, ces réseaux sociaux « participent au triple processus d’invisibilisation des femmes, de reproduction des stéréotypes de genre et de diffusion de la violence symbolique et physique envers les femmes ».

Sur le premier nommé, « 24 % des contenus contiennent des éléments de violence et seulement 8 % des vidéos sont faites par des femmes ». Sur Instagram, « 68 % des contenus propagent des stéréotypes de genre, 27 % contiennent des propos à caractère sexuel et 22 % des propos à caractère sexiste ». Quant à TikTok, 61 % des vidéos présentent des comportements stéréotypés masculins. Pas moins de 42,5 % des séquences d’humour et de divertissement contiennent des représentations dégradantes des femmes.

« L’étude est très inquiétante et chaque plate-forme a ses biais, alerte Sylvie Pierre-Brossolette, la présidente du HCE, dans un article du Parisien. YouTube demeure un monde d’hommes fait par des hommes, Instagram participe à une stéréotypisation des femmes qui est consternante, elles y sont souvent vues comme des objets sexuels, et sur TikTok, sous couvert d’humour, les femmes sont sujettes à des traitements dégradants. »

Quant à la filière numérique, elle reste largement dominée par les hommes, et donc caractérisé par une « forte culture sexiste », selon le rapport. Les femmes représentent seulement 29 % des effectifs en 2020 dont 16 % dans les métiers techniques et 22 % dans les postes de direction.

Bientôt des quotas dans les filières numériques ?

Une sous-représentation qui « entraîne le développement d’outils et de langages qui renforcent la maîtrise masculine de cet environnement, repoussant ainsi les femmes à la périphérie des avancées technologiques qui façonnent notre avenir ». D’après le rapport, le parcours éducatif et la spécialisation genrée des filières scientifiques ou technologiques expliquent en partie ces inégalités.

Sylvie Pierre-Brossolette estime que le rapport « met en lumière un cercle vicieux : tout converge à évacuer les femmes ». « Les hommes occupent les plates-formes, créent les algorithmes, perpétuent les biais dans les formations, font preuve de sexisme », dénonce-t-elle.

Pour renverser cette tendance, le HCE exhorte les pouvoirs publics d’appliquer d’urgence une liste de préconisations. Il souhaite par exemple instaurer une autoévaluation annuelle des plateformes grâce à « un rapport public annuel supervisé par l’Arcom ». Pour lutter contre les spécialisations genrées des filières éducatives, le rapport estime qu’il faut mettre en place « des quotas de filles dans les lycées, ainsi que dans l’enseignement supérieur pour les filières du numérique ». Il propose également de créer système de bonification dans Parcoursup pour les filles qui choisissent les filières numériques.

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