"Il s'est acharné sur lui": les questions de la famille de Mehdi, tué par son co-détenu

"Il s'est acharné sur lui": les questions de la famille de Mehdi, tué par son co-détenu
La victime bénéficiait d'un régime de semi-liberté. (Photo d'illustration) - AFP
La victime bénéficiait d'un régime de semi-liberté. (Photo d'illustration) - AFP

Kamel Berroukeche a fait le choix de ne pas entrer dans la chambre d'hôpital où son fils Mehdi était maintenu en vie sous respirateur artificiel après son transfert de la maison d'arrêt de La Talaudière où il a été violemment agressé par son co-détenu. "Les médecins me l'ont déconseillé, ils m'ont dit 'il est trop abîmé, vous allez avoir un choc'", souffle ce père de famille. Le jeune homme de 25 ans est mort le 28 décembre dernier.

Mehdi Berroukeche avait été condamné pour trafic de stupéfiants en novembre 2021. Il bénéficiait d'un régime de semi-liberté et devait sortir de prison en avril prochain. Il était inscrit à une formation et avait des projets de mariage.

Le 28 décembre, il était venu rendre visite à son père. "Il s'était plaint de son co-détenu, il m'avait dit qu'il ne le sentait pas", raconte Kamel. Quelques heures plus tard, la petite-amie de son fils, prévenue par d'autres co-détenus, l'appelait pour lui dire que quelque chose de grave s'était produit.

"Il s'est vraiment, vraiment, vraiment acharné sur lui", déplore le père.

"Utilisation d'une arme contondante"

Pendant plusieurs minutes, le jeune homme a reçu de nombreux coups, notamment des coups de poing au niveau de la tête. Le jeune homme est décédé d'une hémorragie cérébrale causée vraisemblablement par ces coups. La famille évoque des mutilations au niveau de la bouche et autour des yeux. "L'autopsie confirme qu'il y a eu l'utilisation d'une arme contondante", explique Me David Metaxas, qui représente la mère et la sœur de Mehdi.

Lorsqu'il est transféré à l'hôpital Nord de Saint-Étienne, le jeune homme est en état de mort cérébrale. Une enquête puis une information judiciaire pour "homicide volontaire" a été ouverte et un juge d'instruction a été saisi pour faire la lumière sur cette agression sauvage qui a duré près d'une heure. Le co-détenu a été mis en examen et placé en détention. La famille de la victime s'est constituée partie civile.

"Pourquoi, alors que des co-détenus ont alerté et crié que mon fils était en train de se faire agresser, les surveillants ont mis plus de 40 minutes à intervenir, pourquoi avoir mis autant de temps", martèle Kamel Berroukeche.

"Il n'y a eu ni surveillance, ni sécurité"

Les questions sont nombreuses pour les proches de Mehdi. "Pourquoi s'est-il retrouvé avec ce détenu dont le profil psychologique est manifestement instable? Pourquoi ces deux profils se sont retrouvés ensemble? Comment Mehdi a-t-il pu être agressé pendant une heure sans réaction des surveillants? Pourquoi avoir mis plus de 10 heures à appeler la police?", énumère Me Metaxas listant les questions auxquelles devra répondre l'information judiciaire.

Reçu par le juge d'instruction, comme le conseil de Kamel Berroukeche, l'avocat a demandé un déplacement sur les lieux avec une reconstitution et l'audition de tous les détenus. Il se réserve la possibilité de déposer plainte pour "non-assistance à personne en danger" et "mise en danger de la vie d'autrui". Aucune enquête administrative n'a pour l'heure été ouverte.

"Quand une personne est placée entre les mains de l'administration pénitentiaire, on leur doit surveillance et sécurité, il n'y a eu ni surveillance, ni sécurité, dénonce Kamel Berroukeche. C'était la première fois que mon fils connaissait le milieu carcéral, ce sera la dernière."

Article original publié sur BFMTV.com