Serge Joncour remporte le prix Femina avec «Nature humaine»

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Le prix Femina a été attribué à Serge Joncour, 58 ans, pour son grand roman rural Nature humaine (Flammarion). Contrairement à d’autres prix littéraires, le jury exclusivement féminin du Femina a décidé de remettre le prix bien que les libraires soient fermées à cause du confinement.

Dans Nature humaine, Serge Joncour esquisse les mutations de la France rurale à la fin du XXe siècle. Par le portrait d’une famille de paysans dans le Sud-Ouest, il dépeint les points de ruptures entre la raison des humains devenus impuissants et les catastrophes environnementales de plus en plus fortes, entre la grande canicule de 1976 et la tempête historique de 1999, en passant par les marées noires et la catastrophe de Tchernobyl.

Une histoire d'amour impossible

Dans le roman de Serge Joncour, la petite ferme des Fabrier devient alors l’épicentre à la fois de notre histoire contemporaine et d’une histoire d’amour impossible entre Alexandre, fils d’agriculteurs, et Constanze, une jeune Allemande de l’Est, deux êtres tiraillés entre l’héritage et la modernité.

L’histoire démarre au milieu des années 1970 et raconte la quête des sommets et de la liberté à la campagne, mais aussi la confrontation avec le déterminisme et les préoccupations écologiques en zone rurale. Avec sa quatorzième œuvre, l’art romanesque de Serge Joncour a charmé le jury du prix Femina, reste à savoir comment le public réagira à cette distinction en plein milieu du confinement.

La question de la solidarité

Car les plus prestigieux prix littéraires en France, comme le prix Goncourt ou le Grand prix du roman de l’Académie française, ont décidé à reporter sine die leur prix « par solidarité » avec les libraires. Autrement dit, de ne pas attribuer leur prix pendant le confinement pour que les libraires indépendants ne perdent pas les recettes de ces livres très acclamés par le grand public.

Attribuer un prix en pleine période de confinement, est-ce un acte d’égoïsme ou, au contraire, de résistance pour contester l’étiquette « commerces non essentiels » collée aux librairies ? Pour le jury du Femina, « l’événement annuel des prix littéraires constitue un acte de soutien capital à tous les acteurs de la chaîne du livre, éditeurs, libraires et auteurs qui, en ce moment, résistent par tous les moyens aux circonstances contraires. Nous sommes entièrement solidaires des libraires ».

Comment soutenir les librairies ?

Le jury du Femina a choisi de faire confiance au concept du « clic and collect », c’est-à-dire une nouvelle organisation des activités de livraison et de retrait de commandes mise en place par certaines libraires déjà pendant le premier confinement en mars pour ne pas totalement laisser le marché du livre aux géants des plateformes de vente. Le Femina reste convaincu que, même au temps du confinement, « les prix littéraires contribuent à soutenir la vie culturelle, les libraires, les éditeurs, les lecteurs et les auteurs gravement affectés par les mesures de confinement ».

Serge Joncour a pris position à sa manière. Avant-hier, il a retweeté pour les 7 228 abonnés de son compte @sergeJONCOUR un message en faveur du #ClickAndCollect, et hier un autre article avec le commentaire : « Lors du 1er confinement, le gouvernement belge avait fait fermer les librairies. Mais cette fois-ci, il a jugé nécessaire de les maintenir ouvertes pour aider la population à passer le cap de ce 2ème confinement et “maintenir en vie cette forme de culture”. »

Deborah Levy remporte le prix Femina du roman étranger

Le prix Femina du roman étranger est allé la Britannique d'origine sud-africaine Deborah Levy, pour son diptyque autobiographique, Le Coût de la vie et Ce que je ne veux pas savoir (Editions du Sous-Sol). Christophe Granger, pour Joseph Kabris ou les possibilités d'une vie (Anamosa), remporte le prix de l'essai. Enfin, un Prix spécial du jury a été décerné au Libanais Charif Majdalani, pour Beyrouth 2020 (Actes Sud).