La Serbie veut annuler l’Europride, les organisateurs assurent qu’elle aura lieu

A man holds a rainbow flag as he walks during EuroPride 2015 in Riga, Latvia, June 20, 2015. Latvia is the first post-Soviet country to host EuroPride event.  REUTERS/Ints Kalnins
Ints Kalnins / REUTERS A man holds a rainbow flag as he walks during EuroPride 2015 in Riga, Latvia, June 20, 2015. Latvia is the first post-Soviet country to host EuroPride event. REUTERS/Ints Kalnins

Ints Kalnins / REUTERS

Lors de l’Europride en Lettonie en 2015.

LGBT+ - La communauté LGBT + vent debout. Le président serbe Aleksandar Vucic a annoncé ce samedi 27 août l’annulation de l’Europride prévue en septembre à Belgrade, provoquant la colère des Serbes et de tous ceux qui souhaitaient se rendre à cet événement annuel. Les organisateurs ont aussitôt défié cette décision, affirmant que ce grand rassemblement aurait lieu comme prévu.

« En accord avec la majorité des membres du gouvernement et avec la Première ministre (...) la marche des fiertés, ou quel que soit le nom de cette chose, sera reportée ou annulée, comme vous voulez », a déclaré Aleksandar Vucic lors d’une conférence de presse.

« Simplement, à un moment donné, on ne peut pas tout gérer. Une autre fois, en des temps plus heureux », a ajouté le président, en expliquant que la Serbie était « sous pression », confrontée à « toutes sortes de problèmes ».

Montée des tensions au Kosovo

Il a notamment évoqué une nouvelle montée des tensions au Kosovo, ancienne province serbe, majoritairement albanaise, qui a proclamé en 2008 son indépendance, jamais reconnue par Belgrade, mais également des problèmes liés à l’énergie et à l’alimentation.

Le président a annoncé cette décision quelques minutes après avoir chargé la Première ministre sortante, Ana Brnabic, ouvertement lesbienne, de former un nouveau gouvernement, près de cinq mois après les élections du début avril.

Le gouvernement a de son côté expliqué que les conditions n’étaient pas réunies pour un « déroulement en toute sécurité » de l’Europride. « Certains groupes extrémistes pourraient profiter et abuser de cet événement et de la volonté de la Serbie de l’organiser pour attiser davantage les tensions et pour diriger la Serbie vers l’instabilité », lisait-on dans un communiqué.

« La marche aura lieu », assurent les organisateurs

La tenue de l’Europride était prévue à Belgrade du 12 au 18 septembre, avec une semaine de festivités et d’événements et une marche des fiertés programmée pour son avant-dernier jour. Cette grande manifestation annuelle paneuropéenne est organisée chaque année depuis 1992 dans une ville différente du continent, sa première édition ayant eu lieu à Londres.

Cependant, les organisateurs de l’Europride ont aussitôt affirmé que l’événement aurait lieu comme prévu, soulignant que plusieurs décisions de justice avaient établi que d’autres annulations dans le passé avaient été inconstitutionnelles.

« L’État ne peut pas annuler l’Europride - il peut seulement essayer de l’interdire, ce qui serait une violation évidente de la Constitution », a tweeté le coordonnateur de la manifestation Marko Mihailovic. « La marche aura lieu comme prévu le 17 septembre », a-t-il affirmé.

Dans un communiqué, les organisateurs rappellent également que l’interdire serait illégal puisque : « Le droit d’organiser une marche des fiertés a été entériné par la Cour européenne des droits de l’homme en tant que droit humain fondamental. Une tentative d’interdiction est en infraction avec les articles 11, 13 et 14 de la Convention européenne des droits de l’homme, ratifiée par la Serbie. »

La présidente de l’Association européenne des organisateurs des marches de fiertés (EPOA), Kristine Garina, a également affirmé dans un communiqué que « l’Europride n’est pas annulée et ne sera pas annulée » par ses organisateurs.

La communauté LGBT serbe face au tabou

« Au cours du processus de candidature pour l’Europride 2022, la Première ministre serbe Ana Brnabic a promis le soutien entier du gouvernement serbe pour l’Europride à Belgrade, et nous nous attendons à ce que cette promesse soit honorée », a déclaré Kristine Garina.

Bien que la Serbie soit l’un des rares pays à avoir une Première ministre ouvertement gay, les membres de la communauté LGBTQ y vivent toujours dans la peur. Les deux premières marches des fiertés de Belgrade, en 2001 et en 2010, avaient été entachées de violences. Le défilé est organisé régulièrement depuis 2014, mais avec un important dispositif des forces de l’ordre.

Se tenir par la main reste un tabou pour les couples de même sexe dans le pays où près de 60% des membres de la communauté LGBTQ ont signalé des agressions physiques ou psychologiques, selon un sondage réalisé en 2020 par les organisations de défense des droits de l’Homme, IDEAS et GLIC.

L’Église orthodoxe, qui renie la communauté LGBT, très influente

Des associations LGBTQ espéraient l’année dernière l’adoption par le Parlement d’un projet de loi reconnaissant le partenariat civil, mais Aleksandar Vucic avait alors déclaré qu’il ne signerait pas une telle loi parce que la Constitution serbe « définit le mariage comme l’union légalement réglementée d’un homme et d’une femme ».

L’influente Église orthodoxe serbe (SPC) a « sincèrement félicité » samedi Aleksandar Vucic d’avoir pris une « décision responsable ».

« La tenue de ce ’défilé’, qui est au service de la promotion de l’idéologie LGBT (...) ne serait bénéfique pour personne. Elle provoquerait en revanche davantage de tensions et des nouvelles divisions, ainsi que l’amertume et la révolte des fidèles », a-t-elle affirmé dans un communiqué.

Dans ce pays d’environ 7 millions d’habitants, plus de 80 % de la population est constituée de chrétiens orthodoxes.

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