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Serbie: huit mois après un massacre dans une école, le procès des parents du tueur

L'entrée d'une école de Belgrade, où l'an dernier un élève a tué 10 personnes, dont neuf camarades de classe, le 29 janvier 2024 en Serbie (Andrej ISAKOVIC)
L'entrée d'une école de Belgrade, où l'an dernier un élève a tué 10 personnes, dont neuf camarades de classe, le 29 janvier 2024 en Serbie (Andrej ISAKOVIC)

Le procès des parents d'un adolescent accusé d'avoir tué dix personnes, dont neuf de ses camarades de classe dans son école de Belgrade en mai, s'est ouvert à huis clos lundi dans la capitale serbe, encore marquée par cette tuerie sans précédent.

Le 3 mai, un élève de 13 ans avait ouvert le feu dans son école du centre de Belgrade, tuant sur le coup huit élèves et un gardien. Un neuvième élève est décédé des suites de ses blessures.

Cette attaque avait été suivie moins de 48 heures plus tard par une seconde fusillade dans deux villages proches de la capitale, dans laquelle neuf personnes étaient mortes. Le principal suspect, un jeune homme, a été formellement inculpé de meurtre lundi. Ces deux fusillades avaient secoué la Serbie et déclenché des manifestations massives contre le gouvernement, avec comme mot d'ordre "La Serbie contre la violence".

Encore aujourd'hui, une partie de l'école est fermée, les parents des victimes espérant en faire un mémorial.

Les avocats de la famille de l’adolescent ont regretté le choix d'un procès à huis clos. "Notre position est que la décision du tribunal a été hâtive", a déclaré à des médias locaux Me Irina Borović à l'issue de l'audience. "Nous espérons que le tribunal réexaminera cette décision et que le public pourra être informé du déroulement du procès".

Agé de 13 ans au moment de la fusillade, l'adolescent est pénalement non-responsable au regard de la loi serbe. Mais son père, accusé d'"acte grave contre la sécurité générale", encourt jusqu'à 12 ans de prison.

- Plan de "désarmement" -

Selon l'accusation, il avait formé son fils au maniement des armes, l'emmenant régulièrement dans un stand de tir.

Il est également accusé de ne pas avoir correctement sécurisé ses armes et ses munitions, ce qui a permis à son fils de prendre un pistolet 9 mm et plusieurs chargeurs. La mère, qui comparaît au côté de son mari, a été inculpée pour possession illégale de munitions et risque jusqu'à 30 mois de prison.

Avec eux sur le banc des accusés, le directeur d'un club de tir et un instructeur soupçonnés de faux témoignages, des délits passibles de 3 ans de prison.

"J'attends un procès légal et équitable à l'issue duquel le tribunal condamnera les accusés pour les infractions pénales commises à leur encontre", a déclaré lundi le procureur général Nenad Stefanovic sur la chaîne de télévision serbe RTS.

La Serbie a le taux de possession d'armes à feu le plus élevé d'Europe, avec plus de 39 armes à feu pour 100 civils, selon le projet Small Arms Survey. Après les fusillades de mai, le président Aleksandar Vucic avait annoncé un vaste plan de "désarmement".

Selon le ministère de l'Intérieur, entre le 8 mai et le 30 juin 2023, les citoyens serbes ont remis 82.000 armes et plus de 4.200.000 munitions.

Les deux fusillades ont déclenché des manifestations antigouvernementales massives, des dizaines de milliers de personnes demandant la démission du ministre de l'Intérieur et du chef des services de renseignement, et accusant le pouvoir d'avoir instauré ou toléré un "climat de violence" en Serbie.

Les manifestants s'en sont aussi régulièrement pris aux chaînes de télévision Pink et Happy TV, proches du pouvoir, qui diffusent nombre de programmes de téléréalité très violents.

Le procès doit reprendre mardi.

bur/dth/oaa/lpt