Les seniors, toujours parias du marché du travail

Déborah CLAUDE
Sur le marché du travail, c'est parfois la grande désillusion pour les salariés rangés dans la case "senior" alors même qu'on débat de l'idée de travailler plus longtemps en France

Paris (AFP) - Etre quinqua ? Le bonheur, promettent les magazines. Mais sur le marché du travail, c'est parfois la grande désillusion pour les salariés rangés dans la case "senior" alors même qu'on débat de l'idée de travailler plus longtemps en France.

Dans les statistiques de Pôle emploi, un chômeur est considéré comme un "senior" à compter de 50 ans.

Au 1er trimestre 2019, les "50 ans et plus" étaient 916.400 sur les 3,4 millions de demandeurs d'emplois inscrits en catégorie A, selon les chiffres publiés vendredi par l'opérateur public.

Selon une étude publiée en mars par la Dares (service statistiques du ministère du Travail), le taux de chômage des 55 ans et plus s'est accru en 2018 ("0,5 pt) à 6,5% et la part des chômeurs de longue durée y est supérieure aux autres tranches d'âge.

C'est entre 60 et 64 ans que le bât blesse le plus, période qui coïncide avec l'age légal de la retraite fixé à 62 ans et l'âge effectif de départ à la retraite des Français qui frôle les 63 ans.

Valérie Gruau est aux manettes du site "seniorsavotreservice.com", une plateforme qui propose des offres d'emplois aux seniors et met aussi en relation des jeunes retraités avec des employeurs. Depuis le lancement du site en 2008, elle constate que l'accès à l'emploi pour les seniors ne s'est pas amélioré.

Le site est ouvert dès 45 ans. Un âge où "on a du mal à s'identifier à un profil de "senior+, même si sur le marché de l'emploi, c'est à partir de ce moment-là que, si vous perdez votre emploi, cela devient difficile d'en retrouver un", constate-t-elle.

Certaines grandes entreprises y publient des offres, comme ce mois-ci Décathlon ou Ikéa, dans le cadre d'"accords senior", ce qui leur "permet d'harmoniser leur pyramide des âges", explique Mme Gruau.

- "Encore plus de seniors au chômage"

Comment éviter que les seniors demeurent les parias du marché du travail ?

Le Medef, par la voix de son président Geoffroy Roux de Bézieux, a proposé la semaine dernière une nouvelle piste: "instaurer une aide différentielle ou au moins la tester chez Pôle emploi, pour les demandeurs d'emploi senior s'ils reviennent vers un emploi moins rémunéré", a-t-il ainsi exposé, s'appuyant sur l'exemple de l'Europe du Nord.

Marylise Léon, numéro deux de la CFDT, balaye cette proposition. "Ce qui est sous-jacent, c'est de dire: passé un certain âge, les seniors sont trop payés, donc il faut que le différentiel puisse être payé par quelqu'un d'autre que l'employeur, ce qui est quand même assez irresponsable!", explique-t-elle à l'AFP.

"Culturellement, les entreprises ont pour vision d'optimiser l'emploi ou le travail sur des générations entre 25 ans et 45 ans", fait-elle observer. Mais, "l'enjeu, c'est que les entreprises soient responsabilisées sur l'emploi des seniors", insiste-t-elle, pointant la nécessité de travailler sur "la reconnaissance des compétences et des savoir-faire".

En plein débat sur l'âge de la retraite, l'idée d'avoir de nouveaux seniors sur le marché du travail pose aussi question.

"Dans l'absolu, on peut dire qu'on peut repousser l'âge légal parce qu'on ne peut pas financer les retraites, pourquoi pas, mais cela va générer encore plus de seniors au chômage !", fait observer Mme Gruau.

"Tant qu'on n'a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement, ce serait assez hypocrite de décaler l'âge légal", a tranché jeudi soir le président de la République, annonçant en revanche un allongement de la durée de cotisation, qui est aussi synonyme de travailler plus longtemps.

Et adapter la durée du travail en fonction de l'âge et donc travailler moins quand on est senior, comme l'avait proposé Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle ?

Marylise Léon "ne croit pas que ce soit pertinent". D'abord, "la question des 35 heures est largement modulable dans beaucoup d'entreprises", souligne-t-elle, estimant que "c'est plus une question de besoin d'activité dans certains secteurs qu'une question d'âge".