Semaine mondiale de l’allaitement maternel : "On m'a accusée d'être une mauvaise mère parce que je ne voulais pas allaiter"

Laetitia Reboulleau
·5 min de lecture
Happy mother is feeding her baby boy at home.
© Getty Images

Allaitement ou pas allaitement ? Toutes les femmes se posent la question au moment de leur grossesse. Il y a celles pour qui c'est facile, naturel. D'autres pour qui c'est au contraire douloureux, ou qui n'ont pas du tout envie de s'imposer cette contrainte. Un choix parfaitement acceptable... Mais pas aux yeux de la société, qui considère les adeptes du biberon comme de "mauvaises mères". À l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement maternel 2020, du 1er au 7 août, découvrez les témoignages de ces mamans.

Le sujet de l'allaitement ne devrait, en théorie, concerner que les mères et leurs enfants. Mais comme souvent lorsque cela concerne la grossesse, tout le monde semble avoir son avis à donner. Pour bon nombre de personnes, l'allaitement est LA solution à tous les maux. Cette pratique empêcherait les enfants de tomber malades, renforcerait le lien avec la mère, favoriserait la croissance... Mais ce geste naturel devrait aussi ne se faire que dans l'intimité, et les femmes qui osent allaiter en public ont souvent droit à des critiques : "Cachez ce sein que je ne saurais voir !"

Pourtant, l'allaitement, c'est aussi un moment compliqué. Certaines femmes peuvent ressentir des douleurs assez vives, ne pas aimer la sensation, ou tout simplement ne pas avoir envie de s'imposer ce qui peut être vu comme une contrainte. Il existe aujourd'hui de nombreuses alternatives qui permettent aux nourrissons d'avoir tous les apports dont ils ont besoin... Et de partager la charge mentale liée aux repas entre les deux parents de l'enfant, de façon à ce que la mère ne soit pas la seule à devoir se réveiller au beau milieu de la nuit, par exemple. Quelle que soit la raison pour laquelle une personne ne souhaite pas allaiter, cette raison est valable, point à la ligne.

"J'ai été humiliée par le personnel de l'hôpital"

Véronique* a désormais 45 ans, mais 20 ans après son accouchement, le souvenir la hante encore. "Je suis une ancienne anorexique. Voir mon corps transformé par la grossesse a été un enfer pour moi, mais cet enfant, je le voulais plus que ma propre vie. Par contre, il n'a jamais été question d'allaiter. Je ne m'en sentais pas capable, j'avais peur d'avoir les seins 'abîmés'... Certains trouveront ça ridicule, mais tant pis. Quand je l'ai expliqué à la sage-femme qui m'accouchait, elle m'a accusée d'être une mauvaise mère, et balançait à la figure que si c'était pour priver mon enfant de nourriture, autant que je le fasse adopter."

L'histoire est déjà glaçante, mais elle ne s'arrête pas là. "La première nuit, épuisée, je me suis réveillée en sursaut alors qu'une infirmière plaçait mon sein dans la bouche de ma fille alors que je dormais. Et le lendemain, le médecin est venu avec tous ses internes – des hommes – en leur demandant de me convaincre qu'allaiter était la meilleure chose pour moi comme pour mon enfant." Une attitude qui semble venir d'un autre temps, mais qui remonte pourtant au tout début des années 2000.

"Une masseuse s'est permis de juger mon choix"

Justine* et son compagnon s'étaient mis d'accord sur ce point : pour la naissance de leur fils, ça serait biberon. Après neuf mois à porter son enfant, la jeune femme avait envie de pouvoir partager cette expérience pleinement avec le père de son bébé. "Non seulement je ne me 'sentais' pas de le faire, mais en plus, je voulais vraiment partager ça avec mon partenaire, qui n'avait pas eu la chance de porter notre enfant pendant ces neuf mois." Un mois avant son accouchement, Justine a profité d'un massage offert par son compagnon. Mais ce dernier n'a pas été le moment de détente espéré.

"La masseuse m'a fait parler de ma grossesse, de mes projets, m'a demandé si j'allais ‘nourrir’ mon enfant. Étonnée, je lui réponds que oui. Puis au fil de la conversation, j'ai compris que la nourriture, c'était le sein. Je lui ai donc expliqué notre choix." Mais cette dernière n'a pas du tout apprécié la réponse de sa cliente : "Durant, les trente minutes du massage, j'ai eu une leçon de vie, un lavage de cerveau sur le fait que j'étais inconsciente, que j'allais nuire à mon bébé, que seul mon lait pouvait assurer une bonne santé à mon fils et que mon compagnon pouvait le nourrir si je tirais mon lait", regrette-t-elle. "Quand je lui ai dit que je n'étais pas à l'aise avec ce sujet de discussion, elle a insisté. J'ai terminé le massage en retenant mes larmes et ma colère."

Le témoignage de Justine n'est pas anodin. Il prouve au contraire que n'importe qui estime pouvoir donner son avis sur ce qu'une femme doit faire de son corps. Car les proches ne sont pas les seuls à estimer pouvoir imposer à une mère d'allaiter son enfant : c'est toute la société qui s'en mêle.

*Les prénoms ont été modifiés par mesure d’anonymat.

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