Selon l'Insee, la France a connu en 2020 une hausse de la mortalité inédite depuis 70 ans

Hugo Septier
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Ces statistiques soulignent que les catégories d'âge les plus âgées ont été violemment touchées par cet excédent l'année passée.

Les chiffres sont éloquents, et illustrent encore un peu plus la grave crise sanitaire que connaît le pays actuellement. Selon des nouvelles données de l'Insee, l'Institut national de la statistique et des études économiques, la France a connu une hausse significative et inédite des morts sur l'année 2020, la plus forte depuis maintenant 70 ans.

Dans le détail de ces travaux disponibles sur le site officiel de l'institut, l'année dernière, 668.000 décès toutes causes confondues ont été recensés, soit 55.500 de plus qu'en 2019 (+9,1%). Cette hausse est plus importante chez les hommes que chez les femmes et a surtout concerné les individus de plus de 70 ans.

Deux vagues distinctes

Si l'Insee rappelle que l'augmentation annuelle des morts en France est vraie pour toutes les années depuis 2010, cette hausse observée en 2020 est "sans commune mesure" avec celle des années précédentes. De manière logique, en raison de la pandémie, cette augmentation a été divisée en deux vagues distinctes, au printemps et à l'automne 2020, qui correspondent aux deux pics de la circulation du Covid-19 sur le territoire national.

La première vague de décès remonte à la période de mars/avril, au cours de laquelle "27.300 décès supplémentaires sont survenus par rapport à la même période de 2019. De son côté, la vague de l'automne a duré de septembre à décembre. Elle a été "moins intense", mais a duré "plus longtemps." L'excédent "s’avère au final plus important que celui de la première vague (+34.300 décès, soit +17 %)", souligne l'Insee.

De plus, alors que la première vague s'était terminée de manière assez nette au mois d'avril, elle a été bien moins visible fin 2020. "Plutôt qu’une fin de deuxième vague, un plateau semble être atteint fin 2020, d’autant qu’en janvier 2021, les décès augmentent à nouveau légèrement", apprend-on également.

Causes multiples

En raison de l'omniprésence du Sars-CoV-2, l'Insee souligne que les morts liées à l'épidémie de grippe dite "classique" sont bien moins nombreuses en 2020 qu'en 2019: "environ 4000 en 2020, après 8100 en 2019 et 13.000 en 2018." À l'inverse cependant, les vagues de chaleur ont semblé être bien plus mortelles en 2020 qu'en 2019, avec 1900 morts contre 1500 l'année précédente.

Mais de manière générale, il est également signifié que le surcroît global de morts en 2020, 55.500 personnes donc, est bien plus élevé que "ceux des épisodes grippaux ou caniculaires des cinq dernières années" et même que le tragique bilan de l'épisode caniculaire de 2003.

Une France coupée en deux

Dans son rapport, l'Insee rapporte que l'excédent de mortalité de l'année 2020 a particulièrement touché les individus de plus de 70 ans, avec un bond de 14%. De plus, toujours dans les tranches d'âges les plus élevées, elle est aussi en forte augmentation chez les 80-89 ans (+9%) et au-delà (+12%). Pour les plus de 70 ans seulement, l'excédent se dénombre à 52.100 personnes disparues supplémentaires.

En revanche, les décès chez les classes d'âges les plus jeunes n'ont cessé de diminuer: -6% chez les moins de 25 ans et une proportion qui reste stable chez les 25-49 ans.

L'Institut s'est également intéressé à la répartition géographique de ces morts. Selon ses travaux, il est possible d'opérer une frontière qui séparerait deux France bien distinctes puisque sur l'ensemble de l'année 2020, "les départements où les décès dépassent d’au moins 10% ceux de 2019 sont situés dans la moitié Est de la France métropolitaine, en incluant la région Île-de-France."

Dans le détail, la première vagie de morts, qui remonte à mars et avril dernier, est bien plus importante en Île-de-France et dans le Grand Est, deux régions où le Covid-19 a circulé de manière intensive. "À partir du 16 mars, l’Île-de-France a enregistré une hausse de la mortalité beaucoup plus vive que partout ailleurs", est-il indiqué. À l'automne, ce phénomène s'est déplacé dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Finalement, à l'échelle européenne, la France se trouverait dans une position médiane par rapport à ses voisins. "La hausse est supérieure ou égale à 14% dans sept pays européens: l’Espagne, la Pologne, la Belgique, la Slovénie, la Bulgarie, la République-Tchèque et l’Italie", conclut l'Insee.

Article original publié sur BFMTV.com

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