Seine-Saint-Denis : un policier municipal accusé d'avoir uriné sur deux mineurs

Seine-Saint-Denis : un policier municipal accusé d'avoir uriné sur deux mineurs (FRED TANNEAU/AFP via Getty Images)
Seine-Saint-Denis : un policier municipal accusé d'avoir uriné sur deux mineurs (FRED TANNEAU/AFP via Getty Images)

Deux mineurs de Saint-Ouen accusent un policier municipal de leur avoir uriné dessus après une interpellation. Ils auraient été victimes d'autres violences. Le procès aura lieu le 15 décembre prochain.

Retour en plein confinement. En mars 2021, à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, comme partout ailleurs en France, le couvre-feu est de mise. Trois jeunes adolescents décident de le contourner. Mais une brigade de la police nationale les aperçoit et veut les contrôler, en demandant du renfort. Les jeunes âgés de 16 et 14 ans prennent la fuite et sont rattrapés par deux voitures de la police municipale, comme le relate Mediapart. Sept policiers municipaux sont présents. Les mineurs sont mis à terre puis menottés, alors que le contournement du couvre-feu ne vaut, en théorie, qu'une amende.

"Le policier a sorti son sexe et a commencé à m’uriner dessus"

L'interpellation ne s'arrête pas là. Selon le témoignage des jeunes, deux policiers municipaux auraient alors des propos déplacés envers eux. L'un d'eux lance au garçon de 14 ans que "ce soir, il allait prendre sa mère". Il se serait ensuite adressé à un autre mineur en lui lançant : "Vu qu’il y a des arbres et que tu es noir, tu peux bien grimper aux arbres".

Le plus jeune des adolescents aurait alors été giflé à six ou sept reprises par un autre policier municipal. "De là, il nous a uriné dessus en disant que ça faisait du bien de se soulager", témoigne un interpellé, qui déposera plainte dès le lendemain. La suite, au commissariat, est du même acabit. "Il m’a donné une dizaine de gifles. […] Il m’a ensuite saisi au niveau de la gorge une quinzaine de secondes en m’étranglant", se souvient l'un d'eux. Des coups de matraque au niveau des genoux auraient suivi. Puis, "le policier municipal a ouvert sa braguette, a sorti son sexe et a commencé à m’uriner dessus au niveau des genoux ainsi que sur l’un des deux autres individus. Il était accompagné d’une dizaine d’autres policiers municipaux qui ont vu les faits", continue un adolescent.

Des faits que les policiers municipaux incriminés réfutent formellement. Mais ils ignoraient qu'une vidéo montrant les violences existait et que le frère de l'un des interpellés était agent de la BAC. Ce dernier prévient la municipalité, qui lance une enquête administrative. Les policiers présents ce soir-là sont amenés à témoigner, mais aucun n'affirme avoir vu leur collègue uriner sur les jeunes hommes.

Attentat à la pudeur, exhibition et gifles

Le policier visé par cette affaire explique avoir seulement pincé son sexe pour s'empêcher d'uriner, en évoquant "sa prostate fragile". Son collègue abonde dans le même sens : "À chaque fois, en service, il a besoin d’aller pisser. Pire qu’une femme". Mais aucun certificat médical ne viendra confirmer cette pathologie. Ainsi, les conclusions de l'enquête disent que le comportement du policier est "constitutif d’un traitement dégradant sur mineurs et mineurs de moins de 15 ans en ce qu’il y a exhibition, sur la voie publique, attentat à la pudeur et intention manifeste d’humilier les interpellés".

Mais tout n'est pas terminé. C'est là que la vidéosurveillance intervient. Tant bien que mal, le parquet parvient à se procurer des images dans lesquelles on voit un policier gifler l'un des adolescents à trois reprises, l'agripper par le col, le secouer et le traîner sur plusieurs mètres, alors qu'il est menotté. Une vidéo que Mediapart s'est également procurée. Les policiers, qui niaient jusqu'à maintenant, sont contraints d'avouer, à demi-mot.

La mairie de Saint-Ouen prend la décision de suspendre les deux policiers, puis de les révoquer. Le parquet, lui, décide de poursuivre un seul agent notamment pour "exhibition sexuelle". L'autre n'est pas inquiété, tout comme ses collègues, qui ont couvert ses agissements. L'audience aura lieu le 15 décembre prochain. Les deux policiers municipaux cités dans l'affaire travaillent aujourd'hui dans d'autres villes, respectivement à Blanc-Mesnil et à Argenteuil.

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