Seine-Maritime : au moins une source polluée après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen

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Deux ans après la catastrophe de Lubrizol, l'impact sur l'environnement n'a pas encore été complètement mesuré (Photo : LOU BENOIST/AFP via Getty Images)

Une enquête menée par le site StreetPress révèle une explosion des concentrations en hydrocarbures cancérigènes dans l'une des sources alimentant en eau la 9e métropole la plus peuplée de France.

Les autorités sanitaires locales réfutent toute possibilité de contamination de l'eau potable, mais les conséquences sur les cours d'eau concernés pourraient être terribles. Plus de deux ans après l'incendie survenu sur le site classé SEVESO de l'usine Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), une enquête de StreetPress révèle d'inquiétants impacts sur au moins une nappe phréatique de la région.

Selon le site d'investigation, l'impressionnant panache de fumée qui s'était propagé pendant plusieurs heures, le 26 septembre 2019, depuis l'usine située sur la rive gauche de la Seine aurait en effet provoqué des épisodes de pollution aux hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des molécules cancérigènes "contenues dans les dérivés du pétrole et les suies d’incendie". 

Des pics de concentrations en hydrocarbures à partir de février 2020

Pour parvenir à cette conclusion, les journalistes de StreetPress se sont procurées une importante quantité de statistiques concernant des prélèvements effectués par l'agence de l'eau sur les sources de la région rouennaise. Elles ont ensuite tâché d'analyser ces données avec l'aide de deux hydrogéologues et d'un ingénieur hydrologue et biologiste.

Les scientifiques et les enquêtrices ont ainsi identifié "une explosion des concentrations en HAP" dans la source souterraine des Cressonnières, qui alimente en partie la station de captage de Fontaine-sous-Préaux, l'un des principaux fournisseurs en eau de la métropole. Particulièrement parlants, les graphiques publiés par StreetPress montrent clairement une succession de pics de concentration à partir du mois de février 2020.

Aucun danger pour l'eau potable selon l'ARS

Les taux relevés dépassent nettement les seuils fixés par l'Etat pour l'eau destinée à la consommation, ce qui signifie que l'eau provenant de la source des Cressonnières ne peut plus être considérée comme potable, mais l'agence régionale de santé (ARS) se veut rassurante. "L’eau captée sur ces ressources et distribuée après traitement à la population passe par un processus d’ultra-filtration qui permet de retenir les particules d’une taille supérieure à 0,01µm et les substances polluantes associées, dont les HAP", assure ainsi l'ARS de Normandie, citée par StreetPress.

"Dès le lendemain de l’incendie, nous avons installé un appareillage pour détecter les HAP en temps réel à Fontaine-Sous-Préaux", indique de son côté Eric Herbet, directeur du service de l’eau de Rouen Métropole, qui rappelle par ailleurs que la station de captage "est alimentée par trois sources : la Cressonnière, l’If et le François qui se jettent dans ce qu’on appelle une chambre de partage". Selon StreetPress, ce brassage aurait eu pour effet de diluer les eaux des Cressonnières dans celles de ses voisines, et donc de diminuer les concentrations en HAP en dessous des seuils de risque.

"Si la nappe est contaminée, la rivière le sera"

En se basant sur les analyses effectuées quotidiennement à Fontaine-sous-Préaux, les autorités sanitaires locales réfutent donc tout risque potentiel pour les consommateurs d'eau potable de l'agglomération rouennaise. Selon StreetPress, la contamination mesurée depuis février 2020 dans la source des Cressonnières pourrait cependant avoir des conséquences directes sur les différents cours d'eau qu'elle alimente, et donc sur leur faune et leur flore.

"Les HAP les plus lourds sont piégés dans la roche et imprègnent le milieu, explique Matthieu Fournier, hydrogéologue à l’université de Rouen, cité par le site d'investigation. Les autres sont transportés par l’eau, or 90% de l’eau des rivières provient des nappes phréatiques. Donc, si la nappe est contaminée, la rivière le sera. Et là, il y a un enjeu écologique : les HAP sont toxiques pour les larves d’insectes, les poissons…" Assurément, les habitants de l'agglomération rouennaise sont encore loin d'en avoir fini avec les retombées de la catastrophe de Lubrizol.

VIDÉO - Lubrizol: un an après, l'incendie hante encore les esprits en Normandie

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