Le secrétaire d'Etat américain décrié pour son silence sur les droits de l'homme

Nicolas REVISE
Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson, le 1er mars 2017 à Washington

Washington (AFP) - Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a été décrié vendredi pour avoir snobé la publication du rapport annuel mondial sur les droits de l'homme de son ministère des Affaires étrangères.

Sur le fond, malgré des inquiétudes sur ce que fera le président Donald Trump pour défendre les droits humains sur la planète, ce panorama du département d'Etat dans 199 pays tape, comme chaque année, sur les bêtes noires habituelles de l'Amérique: Corée du Nord, Chine, Russie, Iran ou Cuba.

Mais sur la forme, le très discret secrétaire d'Etat, qui a très peu parlé en public depuis sa prise de fonction le 2 février, n'a pas présenté ce rapport en personne devant la presse et à la télévision. Une rupture avec 25 années de tradition pour les ministres des Affaires étrangères successifs de l'influent département d'Etat.

Pour ce premier rapport de l'ère Trump-Tillerson -même si les faits concernent 2016 et ont été compilés et analysés par l'administration de Barack Obama- la publication a été très discrète. Pas d'allocution du secrétaire d'Etat, ni de conférence de presse de son adjoint chargé des droits de l'homme.

Cette somme sur les droits de l'homme est pourtant l'un des grands rendez-vous institutionnels de la diplomatie américaine, comme ses rapports sur les libertés religieuses, la traite des êtres humains ou sur le terrorisme, et une déclaration solennelle du ministre y ajoute du poids et du symbole. Les pays visés par les critiques américaines réagissent d'ailleurs toujours vivement.

Cette année, M. Tillerson s'est contenté de parapher la préface du rapport où il assure que "promouvoir les droits de l'homme et la gouvernance démocratique représente un élément fondamental de la politique étrangère des Etats-Unis".

"Nos valeurs équivalent à nos intérêts lorsqu'il s'agit des droits de l'homme", écrit l'ancien PDG du pétrolier ExxonMobil, soulignant "l'engagement" de Washington envers "la liberté et la démocratie".

- 'Tillerson porté disparu' -

Cela n'a pas suffi au sénateur républicain Marco Rubio, pourtant un soutien de l'administration Trump, ni aux défenseurs des droits de l'homme. M. Rubio a critiqué dans un tweet l'absence de M. Tillerson, "une première depuis longtemps".

L'ancien secrétaire d'Etat adjoint aux droits de l'homme Tom Malinowski a rappelé sur Twitter que "tous les secrétaires d'Etat depuis au moins Warren Christopher (1993-1997) avaient publié en personne les rapports sur les droits de l'homme". "MIA Tillerson (Ndlr: "Missing in action", ou "Porté disparu") - Mauvais pour lui et pour le pays", a dénoncé l'ancien diplomate.

Le président de l'organisation américaine Human Rights Watch, Kenneth Roth, s'est lui demandé si "Tillerson n'avait pas échappé au rapport du département d'Etat pour éviter d'avoir à répondre à des questions sur Trump".

De fait, l'opposition démocrate et des défenseurs des droits de l'homme aux Etats-Unis et à l'étranger s'alarment des intentions du nouveau président en la matière.

Devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, le rapporteur britannique Ben Emmerson a ainsi jugé vendredi qu'"entendre le président Trump, les premiers jours après son investiture, chanter les vertus de la torture (...) glace le sang".

- Trump et la torture -

Avant et après son élection, M. Trump s'était déclaré favorable à la simulation de noyade, une méthode considérée comme de la torture et interdite par Barack Obama. Mais il avait ensuite précisé qu'il se rangerait derrière l'avis de son secrétaire à la Défense James Mattis qui, lui, y est opposé.

Quant au contenu du rapport, le département d'Etat n'innove pas cette année.

Sous les ministres Hillary Clinton ou John Kerry, leurs diplomates synthétisaient l'évolution de l'état des droits de l'homme dans le monde. En 2014 et 2015, Washington avait ainsi dénoncé les violations par des "acteurs non étatiques" comme les groupes jihadistes.

Pour 2016, les Etats-Unis s'en prennent à leurs cibles favorites.

Washington dénonce la Chine, "régime autoritaire", pour la "répression" de la société civile, la Russie pour l'"annexion de la Crimée" et des actes de "torture" sur des "prisonniers politiques".

La Corée du Nord est condamnée pour des "exécutions extrajudiciaires" et le "travail forcé". L'Iran est décrié pour de "graves restrictions aux libertés publiques", l'Arabie saoudite, pourtant proche de Washington, est critiquée pour empêcher ses ressortissants de "choisir leur gouvernement".

Nouvel entrant dans l'édition 2016, l'allié philippin en raison des "exécutions extrajudiciaires" de la guerre antidrogue du président Rodrigo Duterte.

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