Le scrutin du 4 mars en Italie décisif pour l'Europe, selon une étude

Panneaux électoraux à Rome le 16 février 2018 avant les élections législatives du 4 mars

Bruxelles (AFP) - Les Italiens ont le sentiment d'avoir été abandonnés par leurs partenaires de l'Union européenne et leur vote lors des élections générales le 4 mars risque de traduire leur mécontentement, a averti vendredi l'institut Jacques Delors dans une étude rendue publique à Bruxelles.

"Les élections du 4 mars décideront de la manière dont l'Italie s'inscrira dans le processus européen aux cours des prochaines années qui s'annoncent décisives", affirment les auteurs de l'étude. "Elles pourraient déboucher sur une crise politique", avertissent-ils.

La coalition de droite/extrême droite reste en tête, selon les derniers sondages rendus publics vendredi, mais aucune majorité ne semble se dessiner et des millions d'électeurs sont encore indécis.

"Les Italiens ne sont pas devenus europhobes, mais ils témoignent d'une grande eurofrustration. Ils éprouvent une grande déception vis-à-vis de l'Europe qui a déçu leurs attentes", a soutenu Sébastien Maillard, directeur du centre de réflexion européen, au cours d'un point presse.

"L'Europe mère aimante s'est muée pour les Italiens en une belle mère sourcilleuse, indifférente, qui les a abandonnés", a-t-il estimé.

"La gestion de la crise migratoire par les Européens explique le sentiment d'abandon des Italiens", a affirmé le responsable de l'Institut Delors.

Les élections générales le 4 mars "se dérouleront sous le signe d'une triple crise: économique, migratoire et de la représentation", soutient l'institut, qui s'appuie sur une analyse des enquêtes européennes Eurobaromètre réalisée par le Centre Kantar sur le futur de l'Europe.

Cette triple crise a contribué à "changer en profondeur l'opinion des Italiens à l'égard de l'Union européenne", écrivent les auteurs. "46% des Italiens se disent aujourd'hui convaincus que leur pays pourrait mieux faire s'il était en dehors de l'UE". Ils étaient seulement 29% à le penser en 2012.

L'immigration est devenue un point de crispation majeur et le rejet concerne également, comme au Royaume Uni, les ressortissants d'autres Etats membres. 46% des personnes interrogées disent éprouver un sentiment négatif face à l'immigration intra-européenne.

La contraction de l'économie (9% entre 2006 et 2016) le poids de la dette (132% du PIB italien), le chômage et le taux de taxation contribuent également à cette morosité. "L'euroscepticisme gouvernemental exprimé à certaines périodes" a participé à cette montée de la défiance, souligne l'étude.

"Les hommes politiques italiens ont porté un discours politique négatif sur l'euro", a déploré Sébastien Maillard. Les prises de position de Silvio Berlusconi contre l'euro lorsqu'il était président du Conseil ou la décision de l'ancien chef du gouvernement Matteo Renzi de faire retirer la bannière européenne de son bureau lorsqu'il était en fonction sont des exemples de cet euroscepticisme gouvernemental.

Centre de réflexion fondé par le Français Jacques Delors à la fin de sa présidence de la Commission européenne (1985-1995), l'Institut Jacques Delors, présidé par l'ex-président du Conseil italien Enrico Letta produit des analyses et des réflexions sur l'évolution de l'Union européenne.