"Scream", "Matrix Resurrections"... les "legacyquels", ces fausses suites qui parasitent Hollywood

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Neve Campbell et Courteney Cox dans
Neve Campbell et Courteney Cox dans

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Depuis une dizaine d'années, les studios hollywoodiens produisent en masse des "legacyquels", des films d'un nouveau genre à mi-chemin entre la suite, le reboot et l'hommage rétro. Après SOS Fantômes: L'Héritage et Matrix Resurrections en décembre, le dernier avatar en date du "legacyquel", Scream, sort ce mercredi au cinéma.

Ce nouveau film réalisé par Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett espère bien marcher sur les traces du premier volet, un pastiche de slashers concocté par Wes Craven et Kevin Williamson. Objectif du Scream version 2022: se moquer comme Matrix Resurrections de la mode des reboots, en mêlant l'ancienne génération (Neve Campbell, David Arquette, Courtney Cox) à la nouvelle (Melissa Barrera, Dylan Minnette, Jack Quaid).

"Ce qui m'avait impressionné chez Matt et Tyler, c'est leur amour pour les films d'auteur, à quel point Wes les avait inspiré, et à quel point ils voulaient lui rendre hommage en faisant ce film", explique à BFMTV David Arquette.

Hollywood parasité par la nostalgie

Inventé en novembre 2015 par le journaliste américain Matt Singer, le terme de "legacyquel" désigne ces films qui "revitalisent d'anciennes franchises à travers le concept d'héritage". Selon l'universaire américain James Fleury, dans son livre Franchise Era: Managing Media in the Digital Economy, il s'agit plus précisément d'une "légère forme de reboot", dont l'objectif est de "séduire toutes les générations", avec des histoires où les héros d'antan passent le flambeau à de nouveaux personnages, plus jeunes.

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Pour la vidéaste pop culte Vesper, autrice d'une vidéo sur le sujet en 2018 sur sa chaîne Les Chroniques de Vesper, la multiplication des "legacyquels" s'inscrit "dans une tendance plus globale de nostalgie, notamment autour des classiques des années 80, dont l'un des plus gros succès n'est autre que la série Netflix Strangers Things en 2016, dont l'atmosphère n'a rien à envier aux Goonies et aux œuvres de Stephen King et Steven Spielberg." Ce phénomène, insiste-t-elle auprès de BFMTV, parasite désormais la créativité de la Mecque du cinéma:

"A cela s'ajoute le manque de prise de risques d'Hollywood qui préfère miser sur des franchises dont la rentabilité est assurée à une période où les budgets explosent. Côté marketing, c'est du pain béni, chaque hypothèse ou interview d'acteur générant des discussions sans fin sur les réseaux sociaux."https://www.youtube.com/embed/95ghQs5AmNk?rel=0

Cette évidente dimension commerciale n'empêche pas certains "legacyquels" comme Creed, Blade Runner 2049 et Halloween d'être désormais considérés comme des références. D'autres, comme Jurassic World ou Jumanji, ont remporté un immense succès, souvent bien plus important que les œuvres d'origine. M. Night Shyamalan y a vu son ticket retour pour le succès, après sa traversée du désert des années 2010. Il a retrouvé les faveurs du box-office grâce à deux "legacyquels" d'Incassable, Split (2017) et Glass (2019).

Scorsese, le premier "legacyquel"

Si le premier "legacyquel" remonte aux années 1980 (La Couleur de l'argent de Martin Scorsese, suite informelle de L’Arnaqueur), Hollywood a basculé dans la folie des "legacyquels" après le retour de Star Wars en 2015, précise Vesper:

"Le moment de bascule est effectivement Le Réveil de la Force, mais la véritable amorce de ce phénomène date de 2008 avec la sortie d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal où Harrison Ford reprend le rôle-titre dix-neuf ans après sa dernière apparition", précise la spécialiste.

Le film de Steven Spielberg se présente comme un potentiel reboot de la saga, avec Shia LaBeouf dans le rôle de "Mutt" Williams, le fils d'Indiana Jones, à qui le célèbre archéologique semble passer le relais à la fin de l'aventure.

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La méthode a ensuite été transposée dans l'univers de Star Trek par J.J. Abrams. Dans son reboot de la série culte sorti en 2009, Spock (Zachary Quinto) tombe nez à nez avec une version vieillissante de lui-même, incarné par la star de la série d'origine, Leonard Nimoy. Puis ce fut au tour de Tron de passer à la moulinette du "legacyquel" en 2010 (Tron Legacy), et de Scream en 2011 (Scream 4).

"Cobra Kai", meilleur "legacyquel"?

Les films d'horreur se prêtent particulièrement bien au jeu du "legacyquel", en permettant de faire table rase de franchises souvent à bout de souffle. Texas Chainsaw 3D (2013) est ainsi une suite directe du classique Massacre à la tronçonneuse (1974), qui prend le choix d'occulter les autres films de la franchise. Halloween (2018) adopte une stratégie similaire sous la houlette de la star d'origine Jamie Lee Curtis.

Les films de super-héros ne se sont pas encore prêtés au jeu, à l'exception de Superman Returns (2006), qui réutilise des plans inédits de Marlon Brandon dans le film de 1978 avec Christopher Reeves. X-Men: Days of Future Past (2014) mêle de son côté anciens et nouveaux interprètes de la saga des comics Marvel. Et Spider-Man: No Way Home (2021) réunit trois générations d'acteurs de l'homme-araignée (Tobey Maguire, Andrew Garfield, Tom Holland).

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Le mouvement gagne désormais la télévision, où de nouvelles versions de 24 Heures Chrono (24: Legacy, 2017) et de Karate Kid (Cobra Kai) ont vu le jour. Acclamée par la presse et les fans, Cobra Kai est le rare exemple de "legacyquel" à surpasser son modèle, grâce à une histoire qui aborde avec finesse les questions d'héritage et les leçons apprises par les personnages incarnés par Ralph Macchio et William Zabka.

"Un bon 'legacyquel' se doit de faire plus que titiller la fibre nostalgique du trentenaire et proposer une œuvre pertinente qui a véritablement quelque chose à raconter, au-delà d'être une 'réunion des anciens'", analyse Vesper. "[Il ne doit] pas se contenter d'[être] une suite de gimmicks et de clins d'œil appuyés au spectateur, en proposant par exemple un véritable passage de flambeau entre les générations."

Des fanfictions de luxe?

Les "legacyquels" atteignent rarement ce niveau d'exigence et ont bien souvent des apparences de fanfictions de luxe, déplore Vesper. "Parfois, la seule différence entre un legacyquel et une fanfiction est le budget marketing. Beaucoup de fanfictions explorent l'univers proposé de manière bien plus pertinente que certains 'legacyquels' écrits par 6 scénaristes."

Beaucoup de ces projets échouent à laisser une trace dans l'imaginaire collectif. The Many Saints of Newark (2021), "legacy prequel" des Soprano, n'a pas tenu longtemps à l'affiche. Cette plongée dans les origines de la série de David Chase, qui déconstruit sa mythologie, a été rejetée en masse par ses fans. Il y a quelques années, ni Die Hard: Belle journée pour mourir (2013), ni Terminator Genisys (2015), ni Independence Day: Resurgence (2016) ne sont parvenus à relancer ces franchises endormies.

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Jeremy Renner a connu deux échecs successifs dans le genre. En 2011, le comédien se rêve en successeur de Tom Cruise dans Mission: Impossible - Protocole fantôme. Mais le succès de ce film fait capoter tout plan de "legacyquel" avec Renner, qui avait pourtant assuré dans une interview à MTV que remplacer Cruise était "avec certitude" dans ses projets. En 2012, Renner est la star de Jason Bourne: L'héritage (2012), dont l'échec commercial et critique pousse Matt Damon à reprendre le rôle en 2016.

Le "legacyquel" le plus détesté reste Space Jam 2 (2021). "C'est l'un des pires et des plus cyniques", confirme Vesper. "Il donne plus l'impression d'être une publicité géante pour un Warner Bros. se sentant dépassé par le mastodonte Disney, qu'un véritable film. Ironiquement, le meilleur vient du même studio avec Matrix Resurrections, qui, loin d'être le Matrix 4 que l'on attendait, est certainement celui que l'on méritait."

Matrix Resurrections tourne en effet en dérision un système hollywoodien en panne d'inspiration, en recyclant ouvertement les idées, les personnages et les scènes du classique de 1999.

Une histoire sans fin

Alors que Matrix 4 et Scream 5 critiquent assez férocement les "legacyquels", arrive-t-on à la fin du mouvement? Pas si sûr. Top Gun: Maverick, où le personnage incarné par Tom Cruise devient le mentor d'une nouvelle génération de pilotes, est attendu le 25 mai prochain.

https://www.youtube.com/embed/Gb-eDBGUvYQ?rel=0"Il reste encore beaucoup de franchises à exploiter et Hollywood ne risque pas de tuer sa poule aux œufs d'or de sitôt surtout après avoir autant souffert avec la crise sanitaire", commente Vesper.

Seul Alien a pour l'instant échappé à la folie de "legacyquel". Un projet imaginé par Neill Blomkamp, comme la suite d'Aliens de James Cameron, a capoté il y a quelques années et la franchise va bientôt ressusciter sous forme de série. Le prochain "legacyquel" pourrait être Harry Potter. L'histoire est déjà toute prête: il s'agit de Harry Potter et l'Enfant maudit, pièce écrite J. K. Rowling, Jack Thorne et John Tiffany.

"Je croise les doigts pour que Retour vers le Futur reste où il est et qu'on arrête de ressusciter les acteurs morts d'ici là", espère de son côté Vesper. "Sachant que L'Arme Fatale 5 est confirmé et qu'on a déjà eu droit à la suite d'Independence Day et de Tanguy, tout est permis!"

La France prépare sa contre-attaque. Quatre ans après Taxi 5 - la relève, qui rendait hommage aux héros de la tétralogie d'origine, un nouveau Belle et Sébastien, sous-titré Nouvelle Génération, est prévu pour décembre. Le troisième film, sorti en 2017, avait été baptisé... Le Dernier Chapitre.

Article original publié sur BFMTV.com

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