Pour la première fois, des scientifiques expliquent comment la pollution de l'air déclenche le cancer du poumon

Le mécanisme par lequel les polluants peuvent déclencher un cancer du poumon chez des non-fumeurs a été mis à jour
Le mécanisme par lequel les polluants peuvent déclencher un cancer du poumon chez des non-fumeurs a été mis à jour

Selon les travaux de scientifiques britanniques, le cancer du poumon est lié à la mutation d’un gène qui ne concerne pas tout le monde.

Si on sait depuis longtemps que la pollution de l’air, et notamment l’exposition aux particules fines, peut causer un cancer du poumon chez un non-fumeur, ce qui se passait précisément dans le corps humain demeurait encore flou. Dans une étude présentée samedi 10 septembre au Congrès européen du cancer à Paris, des scientifiques de l’institut Francis-Crick et de l’University College de Londres ont détaillé le mécanisme en cause.

Dans un premier temps, les chercheurs ont observé que les particules fines de moins de 2,5 microns, soit la taille d’un cheveu, provoquaient des changements dans un gène de souris (EGFR). L’analyse en laboratoire de 250 échantillons de tissus pulmonaires humains sains, jamais exposés au tabac ou à une forte pollution, a ensuite montré des mutations du gène EGFR dans 18% des échantillons. "Sur un tissu normal avec une mutation d'EGFR, l'intervention des petites particules du polluant PM 2,5 va créer un micro-environnement, une inflammation qui va promouvoir le cancer", détaille à franceinfo le Dr Suzette Delaloge, cancérologue à l'Institut anti-cancer Gustave Roussy de Villejuif qui qualifie la recherche de "révolutionnaire".

"Les mutations d'EGFR sont présentes chez 30% des poumons normaux"

Fait intéressant : la mutation seule du gène ne suffit pas à déclencher un cancer sans exposition aux particules fines. À l’inverse, les personnes qui n’ont pas de mutation du gène EGFR dans leurs tissus et sont exposées à des particules fines ne développeront pas de cancer du poumon lié à la pollution. "Les mutations d'EGFR sont présentes chez 30% des poumons normaux, si on fait des biopsies, estime le Dr Suzette Delalog. C'est un peu le hasard qui va faire qu'à un moment donné, vous aurez cette mutation et vous allez être exposé aux polluants."

Cette découverte devrait permettre d’accélérer la recherche pour permettre de diagnostiquer plus tôt les cancers du poumon liés à la pollution et de mieux les traiter.

VIDÉO - Dr Christian Recchia : "Le cancer du poumon est devenu un fléau. Il est dans les trois premiers cancers de l’homme et de la femme"