Un spécialiste du nucléaire assassiné en Iran, Israël pointé du doigt par Téhéran

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Un scientifique travaillant sur le programme nucléaire iranien est mort après une attaque de son véhicule par des "terroristes armées" à proximité de Téhéran, a indiqué vendredi le ministère iranien de la Défense. Les puissances occidentales le soupçonnaient d'avoir dirigé des recherches destinées à doter la République islamique de l'arme atomique. Le président iranien, Hassan Rohani, a accusé samedi son ennemi juré Israël d'avoir agi comme "mercenaire" des États-Unis.

Un scientifique de haut rang travaillant pour le secteur nucléaire en Iran a succombé à ses blessures après l'attaque de son véhicule par des "terroristes armés" près de Téhéran, a indiqué vendredi 27 novembre le ministère iranien de la Défense.

L'homme – identifié officiellement comme étant Mohsen Fakhrizadeh, chef du département recherche et innovation du ministère – a été "gravement blessé" lorsque sa voiture a été prise pour cible par plusieurs assaillants, qui ont en retour été pris à partie par l'équipe de sécurité du scientifique, a poursuivi le ministère dans un communiqué, précisant que l'équipe médicale n'était pas parvenue à le réanimer.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a condamné cet assassinat, parlant d'un "acte terroriste" et évoquant des "indications sérieuses du rôle d'Israël".

Quant au président, Hassan Rohani, il a accusé samedi Israël d'avoir agi comme "mercenaire" des États-Unis.

"Une fois de plus, les mains impitoyables de l'arrogance mondiale, avec le régime sioniste usurpateur comme mercenaire, sont souillées du sang d'un fils de cette nation", a dénoncé Hassan Rohani dans un communiqué publié sur son site officiel.

Le chef de l'état-major iranien, le général de division Mohammad Baghéri, a prévenu qu'une "vengeance terrible" attendait les personnes derrière cet assassinat.

"Les groupes terroristes et les responsables et les auteurs de cette tentative lâche doivent savoir qu'une vengeance terrible les attend", a tweeté Mohammad Baghéri, selon l'agence de presse étatique Irna. Il a qualifié la mort de Mohsen Fakhrizadeh de "coup amer et lourd", assurant que les Iraniens "n'auront pas de repos tant que nous n'aurons pas pourchassé et puni" les personnes impliquées.

"C'est un pilier du programme de recherche nucléaire iranien depuis de longues années", confirme Pierre Razoux, directeur de recherche à l'Institut de recherche stratégique de l'école militaire et spécialiste de l'Iran, sur France 24. "Il était dans la ligne de mire depuis des années des services de renseignements américains et israéliens. L'assassinat porte certainement la marque de ces derniers."

Cheville ouvrière du programme nucléaire iranien

Mohsen Fakhrizadeh est l'unique scientifique iranien nommément désigné dans "l'évaluation finale" sur le programme nucléaire iranien que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a remis en 2015.

"Les informations dont disposait l'Agence avant novembre 2011 indiquaient que l'Iran avait pris, grâce à un certain nombre de structures de gestion différentes et évolutives, des dispositions pour que soient entreprises des activités à l'appui d'une dimension militaire possible de son programme nucléaire", écrit-elle dans ce rapport. "Les informations indiquaient que les activités avaient commencé à la fin des années 1980 au sein de départements du Centre de recherche en physique (CRP) et avaient ensuite été concentrées, au début des années 2000, sous la direction de Mohsen Fakhrizadeh, dans des projets du plan Amad."

Le gouvernement israélien considère que le plan Amad, abandonné en 2003, avait effectivement pour but d'acquérir l'arme atomique et dit s'être procuré une grande partie des "archives" nucléaires iraniennes à ce sujet.

"Souvenez-vous de ce nom, Fakhrizadeh", avait déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, dans le discours prononcé en 2018 au cours duquel il a révélé l'existence de ces documents.

Malgré l'arrêt du plan Amad, Mohsen Fakhrizadeh a continué à travailler à des "projets spéciaux" pour le compte du ministère iranien de la Défense, avait-il ajouté.

Avec AFP et Reuters