Sciences Po Grenoble: un étudiant témoigne sur les propos islamophobes attribués à l'un des professeurs

Par Anne-Sophie Warmont et Esther Paolini
·2 min de lecture
Sciences Po Grenoble, en mars 2021. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Sciences Po Grenoble, en mars 2021. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Une semaine après l'ouverture d'une enquête sur les accusations d'islamophobie visant deux professeurs de Sciences Po Grenoble, un climat de tension domine désormais sur le campus. La direction de l'IEP refuse de s'exprimer dans la presse, tout comme les syndicats étudiants, qui souhaitent laisser la justice faire son travail. Un étudiant a toutefois accepté de témoigner pour BFMTV sous couvert d'anonymat sur des propos problématiques qu'aurait tenu l'un des deux enseignants.

"Les vrais homophobes pour lui, ce sont les musulmans"

Timothée* a 20 ans et est en troisième année à Sciences Po. Il a suivi un cours en 1ère année avec Vincent Tournier, le professeur de sciences sociales accusé d'islamophobie. Il évoque les affirmations que ce dernier aurait tenues en cours:

"Il déclare que les militants de la Manif pour Tous ou ceux qui se sont opposés au mariage pour tous, en raison de leur appartenance au catholicisme, ou en raison de leur idéologie conservatrice, ne sont pas réellement homophobes", explique-t-il, avant de poursuivre:

Selon Vincent Tournier, il s'agirait de "quelque chose qui appartient à la culture française. Ils ont un droit, au nom de leur opinion religieuse de s’opposer à des droits pour les personnes LGBT, qu’ils vont même aller agresser dans la rue. Pour ce professeur, ce n’est pas réellement être homophobe, parce que les vrais homophobes, pour lui, ce sont les musulmans", raconte-t-il.

Une mission de l’inspection générale de l’Éducation nationale a été lancée pour faire la lumière sur ces allégations.

Persécution

Un peu plus tôt ce vendredi, le professeur a comparé, à l'antenne de BFMTV sa situation à une "sorte de persécution":

"C'est très dangereux, et je ne peux pas m'empêcher de penser au procès de Kafka où quelqu'un se retrouve mis en accusation, il ne sait pas pourquoi et il ne le saura jamais. Il va avoir, tout au long de son histoire tragique, une sorte de persécution sans jamais vraiment connaître les motifs de son accusation", a développé Vincent Tournier.

Son cours de "Méthodes des sciences sociales" est visé depuis plusieurs jours par un appel sur le compte Facebook de l'Union syndicale de Sciences Po Grenoble (US) demandant aux étudiants de témoigner sur d'éventuels "propos problématiques" qui y auraient été tenus. Le syndicat expliquait qu'il souhaitait "retirer" cet enseignement "des maquettes pédagogiques pour l'année prochaine si, lors de ce cours, des propos islamophobes y étaient dispensés comme scientifiques".

De son côté, le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour "injure publique envers un particulier par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique" et "dégradation ou détérioration légère de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique par inscription, signe ou dessin", à la suite des collages visant les deux professeurs. L'enquête a été confiée au commissariat de Grenoble.

*Son prénom a été modifié

Article original publié sur BFMTV.com