La science naturellede Kathleen Jamie L’univers en un «Tour d’horizon»

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Pour aimer le mot «toundra», il faut avoir lu beaucoup de romans. Kathleen Jamie a de la toundra sous les pieds, dans le Grand Nord, lorsqu’elle écrit aimer ce mot-là depuis longtemps. C’est la différence entre elle et nous. Elle fréquente les livres avec assiduité - la littérature, les vieilles encyclopédies en cinq volumes - mais elle les laisse de côté pour sortir et s’en aller marcher des heures, ou naviguer parmi les icebergs, ne serait-ce que pour constater leur «nihilisme froid». De notre côté, nous nous dépêchons au contraire de rentrer pour la lire, elle, Kathleen Jamie, poétesse écossaise née en 1962, dont on publie Tour d’horizon (Sightlines), deuxième recueil de récits après Dans l’œil du faucon (Findings, Hoëbeke, 2015). Elle a une manière enthousiasmante de raconter ses aventures, ce qu’elle voit, touche, entend, sent et ressent dans «la nature», notion douteuse à quoi nous conservons les pincettes utilisées dans le texte.

Dans un chapitre de Findings («le Jour du Seigneur»), elle notait : «Quand on passe son temps à travailler avec les mots, on a parfois besoin de récupérer, dans un lieu où le langage ne s’articule plus, où on est réduit à quelques substantifs élémentaires. Mer. Oiseau. Ciel.» Bien sûr, ce n’est pas ce qui transparaît dans ses «essais» construits comme, disons, des nouvelles documentaires (les Américains parlent quant à eux de «narrative non fiction»), puisque l’écriture donne l’illusion que la pensée est immédiatement formulée. Kathleen Jamie, qui travaille à définir notre place aujourd’hui dans le monde, se contente de termes génériques si nécessaire - le vent violent qui frappe comme «un oreiller invisible» reste le vent - et choisit de préférence ce qu’il y a de plus précis.

«Ciste». Parfois, le mot en français tombe juste. Dans «Aurore boréale» (le voyage au pays des icebergs qui ouvre Sightlines), l’«alèse» désigne tellement bien ce que l’auteure nous montre ! La mer «a pris une couleur marécageuse, glauque, et tout à coup, cela (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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